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    Théâtre - Silence, on joue

    25 janvier 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Danièle Simon, Charles-Étienne Beaulne et Raphaël Posadas dans la pièce Le « K » Buster, qui se présente comme un hommage au cinéma muet et à l’une de ses têtes de file, Buster Keaton.
    Photo: Julie Lévesque Danièle Simon, Charles-Étienne Beaulne et Raphaël Posadas dans la pièce Le « K » Buster, qui se présente comme un hommage au cinéma muet et à l’une de ses têtes de file, Buster Keaton.

    Le « K » Buster

    Texte et mise en scène : Raphaël Posadas. Avec : Raphaël Posadas, Danièle Simon, Charles-Étienne Beaulne. Une production de 7981 théâtre. Au Périscope jusqu’au 9 février.

    Le « K » Buster se présente comme un hommage au cinéma muet et à l’une de ses têtes de file, Buster Keaton. La proposition de 7981 théâtre recrée pour nous la délicate architecture d’une passion, la genèse d’un art, et noue les fils ténus du rêve et de la réalité.


    Un tendre méli-mélo d’histoire, d’époque, d’admiration, où Houdini devient narrateur, Lloyd et Chaplin, médecins de service, où Keaton traverse le corps de Francis, ce comédien désireux de lui consacrer un spectacle, mais atteint d’un mal étrange : une sarcoïdose qui le foudroie sur scène. Une incursion dans l’univers du noir et blanc qui se révèle être un touchant spectacle-gigogne.


    Saluée en 2008 lors de sa création, la pièce de Raphaël Posadas, qui signe la mise en scène et interprète avec doigté et finesse Keaton et Francis, s’écarte avec élégance des lieux communs et glisse de l’univers artistique à l’univers médical sans heurt et avec une foule d’heureux effets secondaires : cascades, prouesses physiques, rapport à l’objet, petites magies, chorégraphies, marionnettes, tout s’enchaîne avec souplesse et laisse place à des complicités, à d’authentiques moments de théâtre. Délicieuse en jeune artiste d’époque, Danièle Simon campe avec naturel l’infirmière discrète et sensible, tandis que le troisième complice, Charles-Étienne Beaulne (Houdini, Lloyd et Chaplin), plus nerveux en ouverture, offre un Houdini d’une belle vivacité d’esprit et deux versions maladivement rigolotes de nos pionniers du cinéma muet.


    Le concept scénographique (décor, costumes, accessoires noirs et blancs) regorge de trouvailles et d’inventivité, et quand surgit le rouge des draps et que vient le temps de séparer le blanc du noir et de laisser la mort l’emporter sur la vie, on ne peut que céder à la beauté qui s’installe. Lumières et ambiance sonore sont plus que des compléments au propos, ils l’accompagnent et contribuent à des instants de jeu inoubliables. On songe à l’amplification des voix et à la qualité des pièces musicales autant qu’à la scène de simulation ciné, alors que Beaulne-Houdini fracture la lumière à mains nues. Quand, au final, tout fige sur la dernière image, on retient son souffle et on accueille la dernière caravane de silence.


    Plus qu’un hommage, Le « K » Buster dérouille les rouages du coeur humain, fait jaillir des étincelles de couleur en nous laissant la plus belle des cicatrices qui soit, celle qui s’apparente au poème.


     

    Collaboratrice













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