Théâtre - Sous le jupon de l’histoire

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	Charme raconte le rapport à la féminitude à travers quatre femmes de diverses époques.</div>
Photo: Cath Langlois Photographe
Charme raconte le rapport à la féminitude à travers quatre femmes de diverses époques.

Charme de Joëlle Bond repousse les parois du cliché, de la féminitude et de la « poupounerie », et s’écarte avec finesse du gentiment comique et de l’anecdote de service. L’histoire se déploie dans un judicieux désordre à partir de fragments d’enfance et de vie d’où émergent trois visages de femmes, trois époques, une foule de vérités et des rires loin d’être emballés « sous vide ».

Ainsi, la Line Ducharme (Sophie Thibeault) de la pièce se trouve déchirée entre le terrible « ordinaire » qui s’offrait aux femmes des années 50-60 et l’extraordinaire destin hollywoodien qui les faisait rêver. Cours de maintien, de charme et de personnalité, produits Avon et Tupperware s’annonçaient comme des leviers d’émancipation ; entrée au couvent (Frédérique Bradet) comme un appel ou une consolation. Fille négligée de Line, Carmelle (Ann-Sophie Archer), diplôme universitaire en main, se consacrera à Dominique (Claudiane Ruelland) qui, à son tour, doit redéfinir l’axe de son coeur et de son devenir. Les hommes de la pièce (Marc Auger et François Édouard Bernier) ne sont pas en reste. Ils endossent avec grâce le masculin de l’époque, le germe de l’homme rose et l’éventuelle sortie du placard.


Les interprétations sont vives, nuancées, follement habiles et réjouissantes, le jeu d’ensemble, efficace. Bond leur doit d’être exactement dans le ton, ce ton particulier qui s’écarte de la banale comédie d’usage. Rythme, mouvement, mise en place, tout s’enchaîne et soulève ce qui doit l’être. Les passages d’un tableau à l’autre n’obéissent pas à une mécanique fixe. Tantôt fluides, abrupts ou inusités, ils se révèlent soudain risqués ; une scène s’achève, les acteurs restent un moment en place alors que la suivante s’amorce ; un procédé rarement réussi, mais qui, ici, fonctionne parfaitement. Un décor ingénieux à souhait, des éclairages et des musiques qui dépassent largement en rendu ce à quoi on s’attend d’une production à petit budget. Une mise en scène (la première de Bond) habile et réussie.


De Soeur Sourire à Vahsti Bunyan, de Scarlett O’Hara à Liza Minnelli, Charme habille les époques, les lieux, les écueils, les rêves, l’intime et le social, flirte avec la comédie musicale, l’art du doublage cocasse en direct, l’art du collage et les archétypes passés et présents. Et il faut le reconnaître, le charme opère.

 

Collaboratrice