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    Théâtre jeunes publics - Un Pinocchio frondeur, plus brut et plus «bois»

    Hugo Bélanger fait revivre le célèbre fils de Gepetto

    22 décembre 2012 |Michel Bélair | Théâtre
    « Je me suis inspiré [de deux versions] pour créer un Pinocchio moins propre et plus mal élevé, plus brut et plus “bois”, qui, au fond, ressemble à celui de Collodi plus qu’à celui de Disney», dit le metteur en scène Hugo Bélanger.
    Photo: Marie-Hélène Tremblay Le Devoir « Je me suis inspiré [de deux versions] pour créer un Pinocchio moins propre et plus mal élevé, plus brut et plus “bois”, qui, au fond, ressemble à celui de Collodi plus qu’à celui de Disney», dit le metteur en scène Hugo Bélanger.

    Pinocchio

    Adaptation, texte et mise en scène d’Hugo Bélanger. Une production du Théâtre Tout à Trac présentée à la 5e Salle de la PdA du 22 au 30 décembre.

    Difficile de rendre l’enthousiasme qui anime Hugo Bélanger à l’autre bout du téléphone. En plein travail de répétition pour ce tout nouveau Pinocchio qui prend l’affiche de la 5e Salle de la PdA ce samedi, le metteur en scène s’est d’un coup sec téléporté, la semaine dernière, dans une haute vallée des Appalaches… Et il s’est mis à raconter ce qu’il voit dans l’histoire de cette marionnette en bois dur qui veut devenir un « vrai » petit garçon.


    Voilà même qu’il s’enflamme, le Hugo Bélanger. Comme une bûche dans le poêle à bois…


    Interchangeables


    Il situe d’abord l’atmosphère générale qui enveloppe, qui encadre, plutôt, la production de sa petite compagnie, le Théâtre Tout à trac (L’oiseau vert, La princesse Turandot, Alice au pays des merveilles, Les aventures du baron Münchaussen…). « Le spectacle est un mélange des deux versions les plus connues de Pinocchio : celle de Collodi, qui date de la fin du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle, et celle de Walt Disney, que tout le monde connaît. Je me suis inspiré des deux pour créer un Pinocchio moins propre et plus mal élevé, plus brut et plus “bois”, qui, au fond, ressemble à celui de Collodi plus qu’à celui de Disney. Ce nouveau Pinocchio est devenu frondeur et moins “victime”. On sent dans son histoire - du moins, je l’espère ! - le passage de l’enfance à l’adolescence tout autant qu’à la vraie vie. »


    Il explique que l’allégorie de « la bûche de bois qui veut se faire homme » imaginée par Collodi surgit alors que la machine s’installe partout, fin dix-neuvième siècle, déshumanisant les rapports entre les hommes et ce qu’ils perçoivent désormais comme leur principale raison d’être : le travail. C’est une époque épique, avouons-le ; c’est à ce moment que l’on se met à exploiter systématiquement les gens au nom du progrès collectif !


    « Qui est Pinocchio ? poursuit Bélanger. Collodi écrit son histoire mouvementée dans un roman-feuilleton publié dans la presse quotidienne ; les aventures de son héros s’inscrivent dans un monde où les travailleurs deviennent peu à peu des marionnettes interchangeables branchées sur leur machine. Comme tout le monde, Gepetto et Pinocchio ne l’ont pas facile et on peut même s’imaginer que le recours à la marionnette et à son armure de bois est une façon de protéger le petit garçon de la dure réalité. On est quand même assez loin de Jimmy Criquet - que Collodi fait disparaître rapidement - et de la baguette magique de la bonne vieille Fée bleue… »


    Soulignons aussi que le Pinocchio de Collodi vieillit et franchit une longue série d’épreuves qui le transforment au cours des années ; dès le départ, Hugo Bélanger voyait son rôle joué à la fois par une marionnette et par un marionnettiste. Interchangeables.

     

    La tentation de la facilité


    « C’est un texte tellement riche, reprend-il, que chacun peut en faire une lecture créative. Collodi a exploré plusieurs pistes puisque son récit, qu’il étire chaque jour, part dans toutes les directions ; c’est d’ailleurs en “étirant” que lui est venue, à la longue, cette idée du pantin qui veut devenir un vrai garçon… Mais nous avons choisi d’aller droit au but parce que le texte est toujours aussi actuel - comme l’allusion aux gangs de rue dans l’épisode du Pays des jouets. Cela s’explique peut-être par le fait que nous traversons aussi une période de crise systémique comme à l’époque de Collodi. Comme lui, on ne peut que dénoncer les mirages et les succès faciles, les “tentations” que subit Pinocchio et les raccourcis qu’il essaie de prendre… »


    Dans la version du Tout à Trac, qui insiste sur l’importance de l’imaginaire et du rêve, on retrouvera les points de repère habituels : Mangefeu, le patron du Théâtre de marionnettes, Monsieur Renard et le Chat, le Pays des jouets, l’épisode de la baleine… « Reste que notre travail est une sorte d’allégorie sur la pauvreté et la misère sociale. Et aussi une histoire où les transformations sont possibles malgré les difficultés auxquelles la vie nous confronte. »


    Mais ce n’est pas tout. Après le succès d’Alice au pays des merveilles (plus de 300 représentations) qui a roulé sa bosse un peu partout jusqu’à la Brooklyn Academy of Music, après Chante avec moi !, aussi d’Olivier Choinière, Bélanger tenait à intégrer la musique à son spectacle.


    « Le spectacle d’Olivier Choinière m’a beaucoup marqué : le spectateur y vit une sorte d’ensorcellement de base auquel on ne peut résister et je m’en suis inspiré pour chacun des cinq épisodes musicaux de notre Pinocchio. Chaque fois, j’ai voulu marquer un moment fort. La tentation de la facilité, par exemple, comme lorsque le Renard et le Chat escroquent Pinocchio en ayant recours à la pensée magique, simple, facile… Pinocchio y croit tellement, chaque fois, et la désillusion est cruelle. Mais, au bout du compte, ce sont des étapes essentielles qui l’amèneront à se transformer par lui-même. »


    Le tout en à peine une heure… Avec en arrière-fond des usines qui poussent partout et un charivari mécanique qui fait un peu penser au Chaplin des Temps modernes…


    Ça promet, non?

     

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