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    Théâtre - Animal exotique

    4 décembre 2012 |Marie Labrecque | Théâtre
    Le député Amir Khadir
    Photo: Claire Delas Le député Amir Khadir

    Lapin blanc, lapin rouge

    Texte : Nassim Soleimanpour. Traduction : Paul Lefebvre. Mise en scène : Philippe Ducros et Mani Soleymanlou. Production : Hôtel-Motel et Orange Noyée. À l’Espace Libre jusqu’au 15 décembre.

    Malgré sa grande simplicité (une chaise, un escabeau, deux verres d’eau suffisent à le mettre au monde), ce solo qui relève davantage de l’expérience que de la pièce dramatique comporte un indéniable caractère événementiel. Chaque fois, la prise de parole s’y trouve en quelque sorte renouvelée, portée par un interprète différent.

    Une sorte de suspense paraissait flotter dans l’air avant la représentation : qui sera l’officiant, ce soir-là ? Pour la première, un choix symbolique : le député Amir Khadir, lui-même d’origine iranienne. Pas un acteur, mais un bon tribun qui, s’il pouvait manquer un peu d’expressivité dans sa lecture, interagissait avec aisance avec le public, s’aventurant parfois hors du texte. (En prime, son imitation de l’autruche était à voir…)


    Lapin blanc, lapin rouge nous convie à une expérience assez unique. Où l’intérêt semble parfois loger moins dans le contenu du texte, que dans le contexte qu’il met en place par une série de consignes. Le texte lui-même semble a priori s’éparpiller dans plusieurs directions.


    Nassim Soleimanpour y multiplie les paraboles, les niveaux de transpositions, assez transparentes, sur l’emprisonnement, le conditionnement, le conformisme aux directives. L’allégorie prend forme à travers la fable animalière que le spectacle raconte. Mais d’abord dans la situation théâtrale elle-même, qui met l’acteur dans une situation (métaphoriquement) périlleuse. Quant au spectateur, il est placé dans une condition d’expectative, voire d’appréhension, étant susceptible à tout moment d’être appelé sur scène et embrigadé dans le spectacle.


    C’est l’auteur lui-même, sa réalité, qui devient le centre de ce singulier monologue qui s’inscrit dans l’instant présent, puisque le lecteur le découvre au fur et à mesure. Et que le dramaturge se décrit lui-même écrivant - nommant le contexte précis de l’écriture. La relation entre l’auteur absent et le spectateur devient l’élément fort de l’oeuvre. Grâce à ses directives, lues sur scène, Soleimanpour semble abolir la distance, temporelle et physique, et partager le même espace que nous. Cet artiste entravé dans sa liberté de mouvement devient ainsi le maître à bord sur scène, dirigeant les actions, de l’interprète comme du public - même les compliments aux participants d’un soir sont écrits d’avance !


    La pièce semble aussi remettre en question notre culpabilité de spectateurs, d’« observateurs passifs » du monde. Car si l’auteur est un lapin rouge, nous sommes trop souvent des autruches, devant les drames qui se jouent dans d’autres coins de la planète.

     

    Collaborateur













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