Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Théâtre - Tomber dans le monde

    23 novembre 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Dans L’hiver dedans, les personnages conçus par Maryse Lapierre sont riches et s’ouvrent sur des interprétations sensibles.
    Photo: Gabriel Talbot Lachance Dans L’hiver dedans, les personnages conçus par Maryse Lapierre sont riches et s’ouvrent sur des interprétations sensibles.

    L’hiver dedans

    Texte et mise en scène : Maryse Lapierre. Avec Frédérick Bouffard, Jonathan Gagnon, Marie-Ginette Guay et Catherine Hugues. Une production du Théâtre du Passage, présentée chez Premier Acte jusqu’au 8 décembre.

    L’hiver dedans, c’est la double tempête. Celle qui sévit à l’extérieur, encombre les rues, ralentit la circulation, et l’autre qui s’empare des coeurs et y grave ses morsures de froid. C’est le vide que laisse l’amour disparu, en allé ou décédé, l’amour qui ne s’est jamais pointé. Maryse Lapierre signe un premier texte tendre et poétique avec ses sursauts dramatiques pacifiés par des courants humoristiques.


    Dans l’oeil de la tempête, il y a d’abord Elle (Catherine Hugues) qui, après 5 ans, 3 mois et 7 jours d’amour se retrouve à emménager seule dans un nouvel appartement. Lui (Frédérick Bouffard) qui, un mardi, 19 octobre à 23 h 15, la quitte pour une autre. Il y a le voisin (Jonathan Gagnon), vierge ascendant ingénieur civil, un spécialiste des ponts qui n’arrive pas à ériger une passerelle pour sortir de sa solitude. Et sa mère endeuillée (Marie-Ginette Guay) qui tente de trouver le sentier qui apaisera la blessure laissée par la mort de l’homme aimé. Ce texte porte avec justesse toutes ces cassures qui sont nôtres chaque fois que « le monde s’ouvre et qu’on tombe dedans », chaque fois qu’on se retrouve « à marcher à côté du bonheur ».


    Les personnages conçus par Lapierre sont riches et s’ouvrent sur des interprétations sensibles (Hugues, Guay et Gagnon) dont le registre couvre avec finesse l’impuissance et la naïveté de vivre, la troublante lucidité du grave, l’impérieuse nécessité d’affronter avec maturité ce qui se vit au présent, sans oublier le désir de s’étourdir et d’oser la folie du hasard (Bouffard incarne un déménageur qui en fait l’éloquente démonstration).


    Passer par les objets-pivots (sapin, tourtière, douche téléphone, tricot rouge et manette) pour assurer les transitions s’avère ingénieux et la mise en scène, que signe également Maryse Lapierre, aurait trouvé son souffle en misant sur le dépouillement, la blancheur (y compris du plancher) pour tout nous redonner par le jeu, les éclairages et l’évocation, déjà présente, des deux territoires (table et baignoire). La vidéo d’ouverture, fort bien réalisée, demeure anecdotique et illustrative. La chorégraphie du début, amusante, n’est pas concluante, tout comme cette scène de nuit où l’amoureux revient pour ranimer l’instant de rupture.


    Il manque peu de chose à L’hiver dedans pour que cette tempête éclate dans toutes ses beautés et qu’elle nous permette de marcher dans le bonheur et non, pour paraphraser Saint-Denys Garneau, « à côté d’une joie ».


     

    Collaboratrice













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.