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    Théâtre - La reine tiraillée

    22 novembre 2012 |Philippe Couture | Théâtre
    Christine de Suède est un personnage complexe et fascinant, qui se révèle avec grâce sous les traits de la comédienne Céline Bonnier, ici avec Magalie Lépine-Blondeau (avant-plan).
    Photo: Yves Renaud Christine de Suède est un personnage complexe et fascinant, qui se révèle avec grâce sous les traits de la comédienne Céline Bonnier, ici avec Magalie Lépine-Blondeau (avant-plan).

    Christine la reine-garçon

    De Michel-Marc Bouchard. Mise en scène : Serge Denoncourt.

    Au TNM jusqu’au 8 décembre.

    Tout en évoluant dans un nouveau sentier, celui du drame historique, dans une tonalité plus ample et plus lyrique que son théâtre réaliste et intimiste habituel, Michel-Marc Bouchard ne quitte pas ses champs de prédilection dans Christine la reine-garçon. La reine Christine de Suède devient un personnage typiquement bouchardien : pris dans les mailles d’une religion contraignante et d’une société sclérosée, coincé par les liens du sang qui l’empêchent de prendre son véritable envol et hanté par une ambiguïté sexuelle refrénée. Un personnage complexe et fascinant, qui se révèle avec grâce sous les traits de la comédienne Céline Bonnier.

    Écrasée par le sens du devoir, Christine a refoulé ses pulsions profondes et sa sensualité. Dévolue à ses tâches de chef d’État, élevée comme un garçon par un père aimant et rejetée par une mère narcissique, Christine n’a jamais exploré un iota de sa sexualité, qui se dévoile alors de manière confuse, bien que passionnelle, la poussant dans les bras d’une belle dame d’honneur (envoûtante Magalie Lépine-Blondeau). Lorsque Descartes est dépêché en Suède pour expliquer à la reine les mécanismes de l’amour, elle plonge aux tréfonds d’une passion qu’elle ne soupçonnait pas. Tiraillée entre ses pendants masculins et féminins, entre son intellect et ses sentiments, la reine Christine est un grand personnage de théâtre - un être emblématique des grands tiraillements de la condition humaine -, un personnage aux tourments universels.


    Mais Bouchard, heureusement, ne se contente pas de psychologie. Animée par une vaste quête de liberté de pensée, l’érudite Christine de Suède est un personnage romantique par excellence, à la poursuite de l’absolu. Elle est déterminée à propager le savoir dans une société anti-intellectuelle et à contrer le pouvoir des hommes de son entourage, qui cherchent évidemment à garder le peuple dans l’ignorance pour mieux le dominer. Voilà un combat fort actuel, que l’auteur nous invite bien sûr, entre les lignes, à transposer dans le contexte québécois. La quête de Christine s’applique tout autant à un Québec de la Grande Noirceur, écrasé par les forces du catholicisme, qu’à un Québec contemporain qui continue d’hésiter à rendre plus accessibles les études supérieures, effrayé qu’il est par les diktats du néolibéralisme.


    Classique dans sa forme, porté par une langue ample et finement travaillée, Christine la reine-garçon n’a rien d’un texte avant-gardiste. Mais le drame est tentaculaire et ses ramifications psychologiques, philosophiques et sociales sont indéniablement sujettes à de fertiles réflexions. Le metteur en scène Serge Denoncourt, effacé, s’est mis à l’écoute de ce grand texte et nous le livre dans une esthétique sobre mais léchée, orchestrant les corps avec minutie sur le plateau presque vide et sublimement éclairé du TNM. Sans compter qu’il a à sa disposition une distribution béton.

     

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