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    Théâtre - Une chaise où asseoir Ionesco

    16 novembre 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Dans la pièce Les chaises, Nancy Bernier et Réjean Vallée forment un duo complice, souple, rythmé.
    Photo: Nicola-Frank Vachon Dans la pièce Les chaises, Nancy Bernier et Réjean Vallée forment un duo complice, souple, rythmé.

    Les Chaises

    Texte d’Eugène Ionesco mis en scène par Bertrand Alain. Avec Nancy Bernier, Réjean Vallée et Jack Robitaille. Une production du Théâtre de la Bordée, présentée à La Bordée jusqu’au 1er décembre.

    Ils sont deux et ils sont vieux. Leur petite maison isolée, entourée d’eau, est à l’image de leur vie : une tour de regrets, d’espoirs vains, d’échecs, d’humiliations et de replis. Accrochés l’un à l’autre, ils orchestrent leur dernière dérive. Considérée comme l’oeuvre phare d’Ionesco, Les chaises incarne l’absence, l’impuissance à transmettre l’expérience humaine et, par sa mise en abyme du jeu théâtral, l’impossibilité de rejoindre le public à qui livrer le message. Sur la scène de La Bordée : une folle réussite qui soulève toutes les strates du texte et génère une lecture et des interprétations mémorables.


    Nancy Bernier et Réjean Vallée forment un duo complice, souple, rythmé. Leur jeu s’ouvre comme le soufflet de l’accordéon et respire la candeur de l’enfance, le tragicomique des Augustes, le burlesque ; il refile au passage un clin d’oeil coquin aux Ti-Gus et Ti-Mousse de ce monde, permet au poétique de s’incarner sans que le tragique et la dérision soient en reste. Splendides et affolants, Bernier et Vallée imposent un niveau d’interprétation qui ne peut que soulever l’admiration. Leur présence est sans faille, et c’est avec adresse qu’ils résistent aux foisonnants risques de cabotinage.


    Maison, plateau, tour de guet, estrade, toit, entre Nef des fous et Bateau ivre, l’espace conçu pour accueillir Les chaises vibre d’intelligence. Les lumières et leur découpe portent l’écho muet de ce voyage au coeur de l’existence humaine ; les costumes et l’enveloppement des chaises et des sièges font de l’absence une terrible présence.


    Bertrand Alain signe une mise en scène vibrante, éclairante, et ses choix sonores et visuels ajoutent à la lecture. Du chant de l’orphelin à l’amplification des voix, tout s’articule pour servir l’oeuvre et convier les acteurs au dépassement. Sa conception de l’orateur rejoint le souhait d’Ionesco et prolonge en Jack Robitaille autant les Clothaire Rapaille que les stars adulées de l’actualité-spectacle. On rit beaucoup, aux bons endroits. On quitte la salle à regret, et on garde la certitude qu’il nous faut, sans attendre, recréer des zones de réparation chaque fois que la vie nous abolit.


    Amoureux ou non du théâtre de l’absurde, vous regretterez longtemps d’avoir manqué ces Chaises, surtout en ces temps où le message est trop souvent voué au naufrage.


     

    Collaboratrice













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