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    Christine de Suède, reine moderne

    Céline Bonnier incarne la reine-garçon déchirée entre patrie et individualisme imaginée par Michel Marc Bouchard

    10 novembre 2012 |Christian Saint-Pierre | Théâtre
    Michel Marc Bouchard et Céline Bonnier en sont à leur troisième collaboration.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Michel Marc Bouchard et Céline Bonnier en sont à leur troisième collaboration.

    Christine, la reine-garçon

    Texte : Michel Marc Bouchard. Mise en scène : Serge Denoncourt. Une production du Théâtre du Nouveau Monde présentée à Montréal du 13 novembre au 8 décembre, puis à travers le Québec du 15 janvier au 15 février.

    Avant de se pencher ensemble sur le destin de la légendaire et pourtant méconnue reine Christine de Suède, Céline Bonnier et Michel Marc Bouchard ont collaboré à deux reprises. En février 2000, pour Sous le regard des mouches, une pièce présentée chez Duceppe dans une mise en scène de l’auteur, puis, en novembre de la même année, pour le film de Robert Favreau inspiré des Muses orphelines. « Je suis un grand admirateur », lance spontanément le dramaturge à propos de la comédienne exceptionnelle pour laquelle il a écrit Christine, la reine-garçon. Autour de Bonnier, dans le spectacle dirigé par Serge Denoncourt, on trouve Catherine Bégin, David Boutin, Éric Bruneau, Louise Cardinal, Jean-François Casabonne, Mathieu Handfield, Robert Lalonde, Magalie Lépine-Blondeau et Gabriel Sabourin.


    Rappelons que Bouchard travaille depuis 2008 au scénario de Kristina of Sweeden, un long-métrage qui devrait être tourné en 2013 par le Finlandais Mika Kaurismaki. Quelque part durant ce long processus, l’auteur a ressenti le besoin d’écrire… une pièce de théâtre !


    « J’avais envie de dire avec des mots, alors qu’au cinéma on est constamment en train d’amputer le texte pour laisser les images parler. Ce que je comprends très bien, l’objectif étant de résumer 26 ans de vie en un seul et unique film alors qu’il y aurait assez de matière dans cette existence hors normes pour faire une télésérie de plusieurs saisons. J’ai donc choisi d’écrire une pièce pour explorer en détail une période que je trouvais cruciale, deux nuits que dix jours séparent et pendant lesquelles tout bascule. »


    Comment se priver, en effet, de faire entendre une souveraine réputée pour sa langue, où des jurons pas piqués des vers côtoyaient des formules d’un lyrisme consommé ? « C’était une reine qui appréhendait le monde par les mots et les idées, précise l’auteur. Elle parlait philosophie, science et littérature. C’est pourquoi je n’arrivais pas à me résoudre à l’idée que, pour répondre aux impératifs du cinéma, les mots que je lui avais donnés ne seraient que très partiellement entendus et uniquement en anglais. En somme, pour arriver à donner des assises à mon propos sur Christine de Suède, une femme aux paradoxes fascinants, il a fallu que je passe par le théâtre, par la parole, c’est-à-dire par ce que je connais. »

     

    Une Suède bien québécoise


    La pièce nous entraîne en 1649, au château d’Uppsala, une ville de Suède située à 70 kilomètres au nord de Stockholm. Pour l’auteur, il s’agit non seulement de s’intéresser pour la première fois à un personnage historique, mais également de donner naissance à une première pièce ne se déroulant pas au Québec.


    « J’ai fait en sorte que les référents à la nature, à l’économie et à la gouvernance de la Suède puissent nous parler comme Québécois. J’ai voulu que tout cela soit percutant et pertinent pour nous, ici et maintenant. Avec la Suède, on partage l’hiver, mais aussi une économie basée sur les mines et les forêts. Je pense que les discours qu’on entend dans la pièce à propos de la gestion de l’État suédois au XVIIe siècle, les arguments de Christine, de Johan, le fils du chancelier, et de Karl Gustav, le cousin de la reine, représentent trois visions, trois avenues qui existent toujours dans le Québec d’aujourd’hui et qui sont grosso modo celles du Parti québécois, de Québec solidaire et du Parti libéral du Québec. Tout ça pour dire que c’est un auteur québécois qui a écrit cette pièce. Un auteur scandinave en aurait fait quelque chose de psychanalytique ; moi, j’ai plutôt misé sur la politique et le romantisme. »


    On dit que Christine de Suède était assoiffée de savoir, proche de Descartes, garçonne, iconoclaste, non dogmatique et même préféministe. À vrai dire, cette reine était d’une telle modernité qu’elle pourrait bien servir d’inspiration aux résistants d’aujourd’hui. Dans la pièce, il y a cette formule que Michel Marc Bouchard considère comme le « To be or not to be » de la souveraine : « Vaut-il mieux mépriser son pays chaque jour ou le quitter pour, au loin, mieux l’aimer ? Renier mon peuple, renier ma foi, renier mon père, tout ce que je suis, pour être ce que je veux être ? »


    Le déchirement entre le devoir à la patrie et la tentation du repli sur soi ne pourrait être mieux exprimé. « Cette question se pose pour beaucoup de Québécois aujourd’hui, lance Céline Bonnier. Faut-il choisir de servir nos intérêts personnels ou plutôt honorer nos responsabilités envers notre collectivité ? En ce sens, le grand dilemme de Christine est semblable à celui du Québec. Heureusement, en ce moment, après que toute une génération eut porté un projet de pays, et après que cette énergie se fut presque éteinte, il se pourrait bien que nous soyons en train d’assister à quelque chose comme un retour du balancier, une certaine mise en échec de l’individualisme. »


     

    Collaborateur













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