Théâtre - Patrimoine vivant
La Sagouine
D’Antonine Maillet.
Mise en scène : Eugène Gallant.
Au Rideau vert jusqu’au 4 novembre.
Après des milliers de représentations aux quatre coins du Canada, on vient voir La Sagouine comme on va applaudir, en Italie, les mythiques spectacles de commedia dell’arte de Giorgio Strehler : pour constater la manière dont un personnage se magnifie dans le corps et la voix d’un acteur après une longue et lente fréquentation. Comme l’acteur Ferruccio Soleri dans Arlecchino, servitore de due padroni, la comédienne Viola Léger incarne les gestes, les tics et les manies de la Sagouine comme s’ils étaient une seconde nature, une deuxième peau. Loin d’en banaliser l’incarnation, cette connaissance aiguë du personnage - j’oserais même parler d’une hyperconscience - lui autorise toutes les sublimations. Il faut voir avec quelle précision l’actrice accompagne ses propos les plus francs d’un geste alangui de la main ou avec quelle prestance elle fait pirouetter sa chaise berçante.
Mais, soyons francs, malgré l’universalité de l’oeuvre et malgré le plaisir éprouvé à l’écoute de ce français acadien en voie de disparition (une fois que l’oreille s’y est habituée), La Sagouine demeure coincée dans son époque et son chant de l’opprimée a des échos plus nostalgiques que truculents. Certes, le franc-parler de cette blanchisseuse acadienne suscite encore l’admiration, comme d’ailleurs sa farouche résistance au pouvoir du clergé et des élites politiques. Mais d’un oeil contemporain, la Sagouine transporte aussi, et bien involontairement, une vision plutôt étroite et plutôt moralisatrice du monde, peut-être même une insouciance chronique, qui l’éloigne de l’agitation des hommes et fait d’elle une figure lointaine, désincarnée, dans laquelle on peine aujourd’hui à se reconnaître. Ce pourrait bien être de la sagesse, toutefois. De plus sages que moi pourront en juger.
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Collaborateur








