Théâtre - Une belle surprise
Chlore
Texte et mise en scène : Florence Longpré, en collaboration avec Nicolas Michon. Production : Théâtre du Grand Cheval. À La Petite Licorne jusqu’au 26 octobre.
On ne peut guère imaginer pire sort que d’être enfermé dans son corps, sans possibilité de communiquer, sinon par des clignements d’yeux. Une terrible condition déjà illustrée par le film Le scaphandre et le papillon. À partir d’un fait divers réel (une enfant que deux garçons ont forcée à ingérer du chlore), Florence Longpré imagine, avec grâce et émotion, un personnage qui subit cette séparation du corps et de l’esprit.
Sa première oeuvre évite généralement la description de cas clinique, en ayant recours à plusieurs genres, touchant même à une certaine fantaisie. Utilisant la narration et le jeu, Chlore ressemble un peu à un conte. Élément surprenant, le spectacle convoque en effet sur scène un quatuor de ballerines… Faisant office de « décor » (elles tiennent les accessoires), ces danseuses évoquent aussi les rêves brisés de la petite fille, grande fan de La mélodie du bonheur. La légèreté aérienne, le contrôle de son corps : tout ce qui fait défaut à la corpulente Sarah, emprisonnée dans un fauteuil roulant, et dans son enveloppe charnelle.
On découvre l’environnement et le quotidien de Sarah à travers les visites, neuf ans après le drame, d’un jeune voisin. D’abord mal à l’aise, remplissant le silence avec un bavardage nerveux, le narrateur constatera la détresse des parents, et de leur fille, tentée par le suicide. La pièce soulève en douce des questions sur la liberté de choix, la qualité de vie. Mais cette histoire vue par le regard d’un adolescent pourrait aussi être un récit d’apprentissage. Samuël Côté campe très bien cet adolescent dépeint avec justesse, dans ses accès d’insensibilité, sa cruauté inconsciente et sa bonne volonté.
La distribution sort des sentiers battus. Dans l’une de ses rares présences sur scène, Claude Poissant déploie une présence tranquille avec son rôle - étonnant - d’homme terrien, laconique. Annette Garant compose une mère très touchante. Et Debbie Lynch-White réussit, avec une conviction impressionnante, à communiquer sa souffrance, ses sentiments uniquement à travers les expressions de ses yeux, ou un demi-sourire.
Le spectacle parvient à ménager de l’émotion, de l’humour, mais aussi quelques scènes troublantes, dérangeantes dans leur intimité. On y trouve bien quelques maladresses, qu’on pardonne volontiers à une première oeuvre. Autrement, Chlore est une belle surprise.
Collaboratrice








