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Théâtre - Un tourbillon mi-conté mi-joué

20 octobre 2012 | Alexandre Cadieux | Théâtre

La coopérative du cochon

Texte : Ascanio Celestini. Traduction, adaptation et mise en scène : Luce Pelletier. Une production du Théâtre de l’Opsis présentée au Prospero jusqu’au 3 novembre.

Sorte de rejeton du Décaméron de Boccace, La coopérative du cochon de l’auteur italien contemporain Ascanio Celestini prend la forme d’un tissage de contes ayant pour récit-cadre l’étrange journée du 4 juin 1944. Dans une Rome confuse, qui ne sait plus trop qui sont ses alliés et ses ennemis entre les nazis, les Américains et les Russes, un groupe d’habitants va tenter de réunir la somme nécessaire pour acheter un cochon vivant de contrebande et ainsi assurer sa subsistance. Chacun des personnages viendra témoigner, dans un style qui s’apparente au réalisme magique avec ses ressuscités et ses animaux parlants, des horreurs ordinaires vécues en temps de guerre.

Luce Pelletier, la directrice artistique du Théâtre de l’Opsis et metteure en scène de la version de l’oeuvre de Celestini à l’affiche en ce moment au théâtre Prospero, a choisi de transformer ce monologue à tiroirs en partition dramatique pour cinq acteurs. La prémisse : trois frères et deux soeurs réunis par la mort de leur père vont donner corps aux histoires transmises par le paternel, que tous connaissent par coeur, avec l’aide du mobilier et des quelques manteaux, chapeaux et objets traînant dans le salon funéraire.


Raconter ou jouer ? L’Opsis choisit d’osciller constamment entre les deux afin de rendre hommage à la fois à la tradition orale et à l’art théâtral. Pari risqué, dont le résultat ne convainc qu’à moitié. L’imagination du comédien, qui tente d’illustrer le plus possible les aspects de son histoire, se voit davantage valorisée que celle du spectateur, la force d’évocation de la parole s’en trouvant émoussée. Ajoutons le fait que les acteurs ne ménagent pas leurs effets pour injecter de la truculence à leurs propos, des efforts qui flirtent sérieusement avec le cabotinage à mesure qu’avance la représentation.


Ce tourbillon de personnages typés et de déguisements, animé par une distribution qui manifeste un évident plaisir à se prendre elle-même à témoin, n’est pas toujours aisé à suivre, notamment à cause du grand nombre de figures qui le peuplent et qui, de surcroît, se permettent parfois de changer d’âge ou encore de partager les mêmes prénoms. On tente de bien découper, grâce à la musique et à des changements d’éclairage parfois appuyés, les nombreuses tranches souvent cocasses ou émouvantes de cette étonnante chronique, mais le spectateur perd parfois le souffle en tentant de tout suivre.


Heureusement, de beaux interprètes de la trempe de Louise Cardinal, Luc Bourgeois et Olivier Morin se révèlent être de captivants passeurs de mots lors des quelques calmes moments de pure narration. La finale du spectacle, qui ferme doucement la boucle en rappelant l’importance de la mémoire et de la transmission de l’imaginaire, vient clore avec une humilité bienvenue cette Coopérative du cochon qui vient amorcer la dernière année du cycle que l’Opsis aura consacré au théâtre italien.

 

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