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    Théâtre - De Flaubert à Breda

    18 octobre 2012 |Philippe Couture | Théâtre
    La comédienne Julie Duroisin se montre très habile dans les métamorphoses.
    Photo: Dominique Breda La comédienne Julie Duroisin se montre très habile dans les métamorphoses.

    Emma

    Texte et mise en scène : Dominique Breda.

    Une production de l’ASBL Lato Sensu (Bruxelles).

    Au théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 20 octobre, puis en tournée au Québec en novembre.

    Les saisons théâtrales montréalaises, trop souvent, se suivent et se ressemblent. Si cette situation, parfois, me déprime, elle me réjouit à d’autres moments. C’est le cas lorsque, par exemple, une oeuvre jugée mineure m’est soudainement présentée selon un autre regard et en devient plus lumineuse.

    Emma, de l’auteur belge Dominique Breda, m’avait semblé, lors de sa création québécoise par André-Marie Coudou, tracer des parallèles peu convaincants entre Madame Bovary et la société de consommation actuelle. Or, dans la mise en scène de l’auteur (que le théâtre Denise-Pelletier a invité à visiter Montréal pour la première fois), le réseau de correspondances se déploie avec davantage de finesse. Entre l’héroïne désenchantée de Flaubert et la femme cynique d’aujourd’hui, typiquement désillusionnée par notre société du paraître, il y a des similitudes que le regard de Dominique Breda et l’interprétation de Julie Duroisin font dialoguer de manière plus harmonieuse.


    Cela tient, peut-être, à une posture moins guindée, qui révèle mieux l’humour et présente le texte de manière plus décontractée, moins prétentieuse. Emma, c’est le parcours d’une femme qui, à différentes étapes de sa vie, est confrontée au roman de Flaubert en même temps qu’elle traverse des épreuves initiatiques. Du berceau au lit de mort, en passant par la vie adulte, elle rejettera violemment l’oeuvre ou la vénérera sans ménagement, mais elle finira toujours par constater que son destin y est inextricablement lié et que le bon vieux Flaubert était un sacré visionnaire, capable d’un regard clairvoyant sur une société dominée par le mensonge et les apparences. La pauvre Emma Bovary, en effet, s’est tellement projetée dans un destin de princesse qu’elle ne peut qu’être désenchantée de sa vie de provinciale mariée à un triste et banal médecin. L’Emma d’aujourd’hui, en parallèle, voit son monde s’effondrer quand les bonheurs promis par la publicité ne lui sont pas accordés. Deux époques, deux contextes, mais la même désillusion.


    Qu’elle joue l’Emma bébé, mais d’une effroyable lucidité, ou une Emma dans la quarantaine, affaiblie par une douloureuse rupture amoureuse, la comédienne Julie Duroisin se montre très habile dans les métamorphoses mais demeure toujours subtile, ne succombant pas au piège du jeu caricatural. Certes, le texte s’étire et se répète, de sorte que le discours sur l’ultraconsommation est parfois sentencieux, martelé un peu trop fort. Mais ce discours est d’une véritable acuité.


    ***
     

    Collaborateur













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