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    Théâtre - Comme une sorte de bonheur et son double

    17 octobre 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre

    Bonjour Minuit

    Texte d’Arnaud Cathrine, autour de l’oeuvre de Jean Rhys. Avec : Arnaud Cathrine et Ninon Brétécher. Présentée dans le cadre de Québec en toutes lettres le 14 octobre.

    Créée lors du festival Escale du livre de Bordeaux et présentée dans le cadre de Québec en toutes lettres, la lecture-spectacle Bonjour Minuit compte parmi les beautés à ranger dans le coffret des instants d’éternité. Tout ce qui s’agite hors les murs trouve sa distance, le fracas du monde s’estompe, la course contre la montre relâche son emprise.

    Bonjour Minuit se révèle comme une sorte de bonheur et son double puisqu’on a le privilège de découvrir l’univers de Jean Rhys et de côtoyer celui de l’écrivain Arnaud Cathrine qui, dans le dernier segment de son livre Nos vies romancées, livre son attachement à la romancière anglaise.


    Côté cour, une table drapée de noir, une carafe, deux verres, un auteur et des feuillets dont la blancheur opaline capte la lumière. La voix qui s’élève est celle d’Arnaud Cathrine. C’est une voix au long cours, ancrée, organique, qui vous rappelle que la littérature ne peut être autre chose qu’une histoire d’amour. Sa complice, Ninon Brétécher, vous confirmera par sa présence que la plus discrète des théâtralités naît du corps du texte et du souffle des mots. Le moment venu, la comédienne viendra s’asseoir côté jardin, sur un lit installé à l’oblique, sous une ampoule nue dont le feutré, à la limite de l’effleurement, se fait l’écho de ce personnage de Rhys qu’elle incarne.


    Écrivain-narrateur et comédienne s’offrent à nous avec sobriété dans le secret de la confidence, sauf pour ces rares moments, furtifs, soignés et mesurés, où ils se retrouvent pour donner corps à une scène précise. Trois ponts musicaux scellent l’émotion et on s’abandonne à Gloomy Sunday, à Billie Holiday et Herbie Mann, et au Sombre dimanche de Claire Duterzi. La tension établie est subtile, les déplacements judicieux, le son et les lumières calibrés.


    On glisse d’un instant à l’autre, non pas engourdis par le bercement des voix, mais dans l’éveil, avec la sensation que devant nous se déroule un pan de vie et que les souffles qui vibrent sont les nôtres. On sort de la salle, peu importe ce qui nous attend de l’autre côté, persuadés que nous avons senti la peau de l’oeuvre et marché entre les lignes d’un livre, au rythme des pages que l’on tourne.


    Québec en toutes lettres, on le souhaite, maintiendra ces soirées-lectures et réinvitera Arnaud Cathrine, et son entourage, à joindre sa voix à celle des brises de nos automnes, et ses couleurs à côtoyer les nôtres.

     

    Collaboratrice













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