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    Donner chair à l’imaginaire collectif

    15 octobre 2012 |Alexandre Cadieux | Théâtre

    La Chasse-Galerie.

    Texte : Victor-Lévy Beaulieu, d’après Louis Fréchette.
    Mise en scène : Stéphane Bellavance.
    Un spectacle des Productions Kléos présenté au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 26 octobre.

    À la fin du XIXe siècle, Louis Fréchette fixait de sa plume de larges pans de notre littérature orale. Ses contes et légendes repassent en mode parlé ces temps-ci au théâtre Denise-Pelletier, notamment grâce à Victor-Lévy Beaulieu qui, comme il l’avait fait en 1976 avec Ma Corriveau, a recharpenté ces récits en partition dramatique. Dans ces transformations multiples, passages du coin du feu à la page puis à la scène, on y gagne et on y perd, mais l’ambition avouée des Productions Kléos avec cette Chasse-galerie, soit de transmettre au public adolescent un goût pour l’histoire et le patrimoine littéraire, est soutenue par quelques atouts non négligeables.

    Comme passeur premier, on a choisi Biz, membre en règle du trio Loco Locass. Dans une introduction sympathique, il se présente d’abord sous son identité de rappeur avant d’avouer qu’un Fréchette se cache sous son pseudonyme de scène ; il se pare ensuite de la ceinture fléchée du légendaire Jos Violon. Cette entrée en matière honnête, par laquelle l’homme s’avoue humblement non acteur, permet aux jeunes spectateurs d’entrer dans la convention théâtrale.


    L’esthétique plutôt propre du spectacle mis en scène par Stéphane Bellavance, avec son joli tréteau de planches camouflant quelques surprises, ses éclairages découpés et ses beaux costumes, fige un peu cette époque révolue des bûcherons, meuniers, cantinières et bons à rien, tous terrorisés par le Yable et la Bête à grand’queue. Quelques exemples d’usage calibré de la technique, comme ce moulin évoqué uniquement par le bruit de sa meule et l’ombre de ses pales, interpellent par contre directement l’imaginaire, rétablissant ainsi le lien puissant entre suggestion et visualisation.


    Sur l’immense scène du non moins vaste théâtre de la rue Sainte-Catherine, les créateurs n’ont pas vraiment le choix de donner dans le déploiement ; s’y perdent la chaleur, la crasse, la proximité entre les conteurs et leur public. Danses et chansons, bien exécutées, restent assez sages, leur énergie peinant à gagner un si large auditoire qui semblait taper des mains davantage par mimétisme que par pur entrain.


    Reste une distribution qui s’amuse à mordre dans les différents contes, à donner chair à l’imaginaire collectif en incarnant les Tipite Vallerand, Tom Caribou et Rose Latulipe. On sent aussi la marque de VLB dans l’évident plaisir des mots, ce goût pour extraire tout le jus qui coule dans l’espace séparant « Tant pis » de « Tant pisse », toutes les couches de sens qui jaillissent lorsque les aurores boréales deviennent des « horreurs d’Montrial ».













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