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Théâtre - Toute la vérité

13 octobre 2012 | Marie Labrecque | Théâtre
Louise Laparé, Patrick Hivon, Christine Beaulieu, Félix Beaulieu-Duchesneau, Mani Soleymanlou et Émilie Bibeau dans une scène de la pièce Ce moment-là, présentée à La Licorne.
Photo : Suzane O’Neill Louise Laparé, Patrick Hivon, Christine Beaulieu, Félix Beaulieu-Duchesneau, Mani Soleymanlou et Émilie Bibeau dans une scène de la pièce Ce moment-là, présentée à La Licorne.

Ce moment-là

Texte : Deidre Kinahan. Traduction : Maryse Warda. Mise en scène : Denis Bernard. À La Licorne jusqu’au 10 novembre.

On pourrait quasiment inscrire Ce moment-là dans le prolongement d’Orphelins, présentée aussi à La Licorne l’hiver dernier. Les deux oeuvres mettent à l’épreuve la force des liens familiaux. Jusqu’où vont l’amour, la solidarité, le pardon envers un proche qui a commis un acte insoutenable ? Sans être aussi troublante que l’oeuvre précédente, aux enjeux complexes, la pièce de l’Irlandaise Deidre Kinahan offre un tableau des relations familiales d’une rare authenticité.

Au-delà du caractère exceptionnel de son drame, cette famille est en effet tissée d’émotions courantes : frustrations, sentiments d’obligation, tensions… Les échanges très réalistes, voire banals, mettent la table pour l’affrontement qui se dessine sous le bavardage anecdotique grâce auquel on enterre le sujet interdit : le crime perpétré il y a des années par le fils, enfant prodigue qui effectue un retour au bercail auréolé de succès, en compagnie de sa nouvelle épouse (Christine Beaulieu). Il y a quelque chose de familier dans cette situation, comme l’incarnation extrême de ces tabous que les familles gardent d’ordinaire sous le tapis afin de préserver leur harmonie.


Malgré quelques éléments moins convaincants (la conversation avec un personnage disparu détonne un peu), Denis Bernard orchestre cette réunion avec une tension croissante et un grand naturel. Au point qu’on ressent presque parfois l’impression d’être exclus, voyeurs devant cette dynamique scène de repas où la gaieté forcée et l’activité frénétique recouvrent la peur du sujet défendu. Mais la soeur dissidente se poste en retrait du tableau, rôdant autour de la table avant de faire éclater les faux-semblants du clan. Une scène très intense.


Tout repose sur la forte qualité du jeu d’ensemble. Louise Laparé, nerveuse et fragile, est bouleversante en mère qui ne veut rien voir et tente de tenir sa famille ensemble. Abrasive et sarcastique, Émilie Bibeau a pris la voie intéressante de ne pas jouer les victimes d’emblée émouvantes. Si son personnage est finalement peu développé, surtout un révélateur, Patrick Hivon fait le juste choix de la sobriété lors de sa confession.


Leur puissant affrontement dresse face à face deux êtres blessés, séparés par un mur d’incompréhension dû aux épreuves qu’ils ont vécues chacun de leur côté. Et qu’ils n’ont pu communiquer à l’autre. Il n’y a pas de gagnant dans cet affrontement, seulement le constat de deux souffrances. C’est l’une des forces du texte.

 

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