Théâtre - Une perle de verre un peu terne
Chacun a sa façon de rendre son existence supportable, voire, dans les meilleurs cas, agréable. Loisirs, travail, relations humaines ou encore paradis artificiels, tout est appelé à y concourir. Il y a aussi les illusions ou les souvenirs. Les personnages de La Ménagerie de verre ont chacun leur manière d'échapper à la réalité, car celle-ci est loin de les ravir.
Cette famille pauvre dont le père est parti sans laisser d'adresse survit tant bien que mal, en attendant que l'équilibre précaire qui la tient sur pied ne cède. Amanda se réfugie dans les souvenirs de sa jeunesse, passée dans un riche domaine du sud à être convoitée par les dauphins des plantations voisines. Sa fille, Laura, handicapée et maladivement timide, porte toute son attention vers sa collection de petits animaux en verre. Enfin, Tom, seul mâle de la famille et forcé, de ce fait, d'occuper un emploi peu valorisant dans un entrepôt de chaussures pour assurer la survie des siens, rêve d'écrire de la poésie, mais surtout de prendre le large, de fuir les obligations, un peu comme son père l'a fait avant lui.
Autour de ce cocon où règnent les différentes nuances du sépia, couleur attitrée de la nostalgie, sont échafaudés couloirs et escaliers de fers, froids symboles de l'oppression du monde extérieur, de la modernité bourgeonnante, des conflits sociaux émergents dans cette période de l'entre-deux-guerres, bref de la réalité. Le seul défaut que l'on puisse trouver à la partie du décor qui représente l'appartement des Wingfield, c'est une beauté excessive. Trop coquet, on n'y perçoit pas la pauvreté censée accabler les personnages. Notons par ailleurs que les costumes de Daniel Fortin sont impeccables.
Reste qu'il semble manquer quelque chose à cette production, de l'émotion, de l'exaspération, de la détresse, une atmosphère lourde, de la frustration peut-être. Les moments de tension sont généralement désamorcés par l'humour de la mise en scène, ce qui, sans être désagréable en soi, ne manque pas d'enlever de l'intensité à la pièce. Peut-on ressentir, par exemple, à quel point Tom est excédé par son sort si, plutôt que de montrer par un visage implacable ou par une autre attitude équivalente la colère qui sourd en lui, celui-ci tire la langue à sa mère?
Cette mère, d'ailleurs, est plus écervelée et agaçante que possessive et manipulatrice; névrosée certes, mais bien inoffensive (sauf lors de la scène finale) si on la compare à d'autres Amanda qui ont ponctué le parcours universel du texte de Williams. Cela confère probablement à la production le caractère nuancé dont on lui sait gré. Le problème est que l'équilibre entre nuance et intensité est bien difficile à atteindre...
Qui plus est, force est de constater que le jeu de Louise Marleau s'avère inégal. Contrairement à la performance qu'elle livrait, en 2000, dans Qui a peur de Virginia Woolf? où, après quelques hésitations, elle avait su trouver le ton juste, ici, l'actrice oscille tout au long de la pièce entre vérité et fausseté. En guise d'exemple, Marleau est parfaitement crédible lorsque, vautrée dans un fauteuil, elle ressasse la glorieuse jeunesse de son personnage, tandis qu'on a du mal à croire à son indignation lorsque Amanda apprend que Laura a abandonné ses cours de secrétariat, sans compter que l'on ne comprend pas l'immense peur que la fille entretenait d'avouer son forfait à sa mère, puisque le rôle de cette dernière est rendu presque plus comique que tragique. Une direction d'acteurs plus rigoureuse aurait pu éviter ces fausses notes.
Cette Ménagerie de verre, malgré la justesse des jeunes David Savard, Évelyne Rompré et Sébastien Delorme, manque donc de puissance. Ce n'est pas une mauvaise production, mais celle-ci est loin d'être marquante. Il ne faut pas s'attendre à y retrouver la qualité de Rien à voir avec les rossignols, du même auteur, monté il y a deux ans dans la même salle et encore moins celle d'Un tramway nommé désir, présenté en 2002 au TNM. Si l'on veut comparer, on en appellera au Misanthrope mis en scène, l'an dernier, par Françoise Faucher, qui était un spectacle inégal, possédant forces et faiblesses.
Cette famille pauvre dont le père est parti sans laisser d'adresse survit tant bien que mal, en attendant que l'équilibre précaire qui la tient sur pied ne cède. Amanda se réfugie dans les souvenirs de sa jeunesse, passée dans un riche domaine du sud à être convoitée par les dauphins des plantations voisines. Sa fille, Laura, handicapée et maladivement timide, porte toute son attention vers sa collection de petits animaux en verre. Enfin, Tom, seul mâle de la famille et forcé, de ce fait, d'occuper un emploi peu valorisant dans un entrepôt de chaussures pour assurer la survie des siens, rêve d'écrire de la poésie, mais surtout de prendre le large, de fuir les obligations, un peu comme son père l'a fait avant lui.
Autour de ce cocon où règnent les différentes nuances du sépia, couleur attitrée de la nostalgie, sont échafaudés couloirs et escaliers de fers, froids symboles de l'oppression du monde extérieur, de la modernité bourgeonnante, des conflits sociaux émergents dans cette période de l'entre-deux-guerres, bref de la réalité. Le seul défaut que l'on puisse trouver à la partie du décor qui représente l'appartement des Wingfield, c'est une beauté excessive. Trop coquet, on n'y perçoit pas la pauvreté censée accabler les personnages. Notons par ailleurs que les costumes de Daniel Fortin sont impeccables.
Reste qu'il semble manquer quelque chose à cette production, de l'émotion, de l'exaspération, de la détresse, une atmosphère lourde, de la frustration peut-être. Les moments de tension sont généralement désamorcés par l'humour de la mise en scène, ce qui, sans être désagréable en soi, ne manque pas d'enlever de l'intensité à la pièce. Peut-on ressentir, par exemple, à quel point Tom est excédé par son sort si, plutôt que de montrer par un visage implacable ou par une autre attitude équivalente la colère qui sourd en lui, celui-ci tire la langue à sa mère?
Cette mère, d'ailleurs, est plus écervelée et agaçante que possessive et manipulatrice; névrosée certes, mais bien inoffensive (sauf lors de la scène finale) si on la compare à d'autres Amanda qui ont ponctué le parcours universel du texte de Williams. Cela confère probablement à la production le caractère nuancé dont on lui sait gré. Le problème est que l'équilibre entre nuance et intensité est bien difficile à atteindre...
Qui plus est, force est de constater que le jeu de Louise Marleau s'avère inégal. Contrairement à la performance qu'elle livrait, en 2000, dans Qui a peur de Virginia Woolf? où, après quelques hésitations, elle avait su trouver le ton juste, ici, l'actrice oscille tout au long de la pièce entre vérité et fausseté. En guise d'exemple, Marleau est parfaitement crédible lorsque, vautrée dans un fauteuil, elle ressasse la glorieuse jeunesse de son personnage, tandis qu'on a du mal à croire à son indignation lorsque Amanda apprend que Laura a abandonné ses cours de secrétariat, sans compter que l'on ne comprend pas l'immense peur que la fille entretenait d'avouer son forfait à sa mère, puisque le rôle de cette dernière est rendu presque plus comique que tragique. Une direction d'acteurs plus rigoureuse aurait pu éviter ces fausses notes.
Cette Ménagerie de verre, malgré la justesse des jeunes David Savard, Évelyne Rompré et Sébastien Delorme, manque donc de puissance. Ce n'est pas une mauvaise production, mais celle-ci est loin d'être marquante. Il ne faut pas s'attendre à y retrouver la qualité de Rien à voir avec les rossignols, du même auteur, monté il y a deux ans dans la même salle et encore moins celle d'Un tramway nommé désir, présenté en 2002 au TNM. Si l'on veut comparer, on en appellera au Misanthrope mis en scène, l'an dernier, par Françoise Faucher, qui était un spectacle inégal, possédant forces et faiblesses.
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