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De l’esprit partout

8 octobre 2012 22h03 | Alexandre Cadieux | Théâtre
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	Les comédiens Sylvie Léonard, Christiane Pasquier, Noé?mie Godin-Vigneau et Carl Béchard dans une scène des Femmes savantes.</div>
Photo : Yves Renaud
Les comédiens Sylvie Léonard, Christiane Pasquier, Noé?mie Godin-Vigneau et Carl Béchard dans une scène des Femmes savantes.

Les femmes savantes


Texte : Molière. Mise en scène : Denis Marleau. Une coproduction d’Ubu compagnie de création, des Châteaux de la Drôme et du Manège.Mons/Centre dramatique présentée au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 27 octobre.


Clitandre, qui soupire pour la jeune Henriette, n’en a pas contre l’esprit : le sujet de son réquisitoire, c’est plutôt la démonstration dégoulinante de celui-ci, le pavanage intellectuel, l’étalage grandiloquent qui masque bien souvent une coquille vide. S’il avait été assis dans la salle plutôt que représenté sur scène sous les traits du comédien François-Xavier Dufour, Clitandre aurait sans aucun doute été très satisfait de ces Femmes savantes.


En effet, s’il y a du fort bel esprit partout dans cette production de la compagnie UBU, sa haute tenue ne se traduit pas par une somptuosité clinquante, mais bien par une clarté du propos comme de l’image. Il faut voir la classe qui se dégage des belles appliques que forment les costumes bleus et blancs des années 50 conçus par Ginette Noiseux sur le sable des pierres de la terrasse du château de Grignan (dans la Drôme provençale), lieu de création de la pièce en juin dernier, ici reconstitué sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde. Une intelligence du jeu d’ensemble soutenu par un humour tonique, qui ne se sent pas obligé de faire la démonstration de rien, sinon d’une humble lecture inscrivant dans la modernité l’oeuvre écrite en 1672.


C’est ainsi qu’après trente ans de pratique de la mise en scène, Denis Marleau arrive à Molière. Il avait travaillé toute une décennie sur les avant-gardes historiques avant de s’attaquer à des textes dramatiques plus classiques. Après deux Shakespeare et un Sénèque ces dernières années, le voilà dans Les femmes savantes, avec sa complice Stéphanie Jasmin. Une oeuvre de commande, soit ; un théâtre d’été grand luxe, disons. Qui nous arrive mûri à point, pétri de plaisir, offert à l’oeil et à l’oreille.


Marleau retrouve ici l’un de ses Oulipiens de jadis, Carl Béchard, son Roberto Zucco en Henri Chassé, sa Jackie Kennedy en Sylvie Léonard. Il a surtout fait appel au merveilleux duo du Complexe de Thénardier (2007), Christiane Pasquier et la Belge Muriel Legrand, qui brillent ici toutes deux d’énergies contrastées en mère et fille. La première, femme de lettres, n’en est pas moins dupée par un parleur (Béchard, tout en sparages clownesques) ; la seconde, que tous se plaisent à considérer comme superficielle, n’en décèle pas moins les intentions malveillantes du filou.


Dans la succession des plaisants tableaux aux échanges brillants ou drôles, la scène où Trissotin agresse Henriette, jouée toute en finesse, nous plonge dans un réel trouble : elle contient toutes les attaques vicieuses que lancent ceux qui font croire qu’ils savent sur ceux que l’on tente de convaincre qu’ils sont ignorants de tout.


Reste le beau personnage d’Armande, que joue Noémie Godin-Vigneau. Le triste sourire de l’actrice rend bien la grâce chagrine de la soeur aînée d’Henriette, celle qui s’efforce de choisir la philosophie plutôt que l’amour, comme si raison et sentiment ne pouvaient faire bon ménage. S’élever, s’émanciper, mais à quel prix ? La mesure est pourtant possible et surtout porteuse, Marleau et ses collaborateurs le prouvent avec élégance.



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