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    D’homme à homme

    Pierre Collin joue dans Le chant de Georges Boivin, un solo de Martin Bellemare

    6 octobre 2012 |Christian Saint-Pierre | Théâtre
    Le chant de Georges Boivin, pièce dans laquelle joue Pierre Collin, écrite par Martin Bellemare, utilise le thème de la vulnérabilité pour poser un regard sur la masculinité.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le chant de Georges Boivin, pièce dans laquelle joue Pierre Collin, écrite par Martin Bellemare, utilise le thème de la vulnérabilité pour poser un regard sur la masculinité.

    Le chant de Georges Boivin

    Texte : Martin Bellemare. Mise en scène : Mario Borges. Une production Kléos présentée à la Balustrade du Monument-National du 11 au 27 octobre 2012.

    C’est avec Le chant de Georges Boivin que Martin Bellemare a décroché le prix Gratien-Gélinas en 2009. Le jury avait alors déclaré que l’oeuvre, en ne portant ni sur le hockey, ni sur le sexe, ni sur l’alcool, mais plutôt sur la vulnérabilité, posait un regard neuf sur la masculinité québécoise, qu’elle proposait une rencontre entre hommes d’un genre très rare dans notre dramaturgie. Il aura fallu attendre trois ans pour que la pièce soit portée à la scène.

    Pour défendre le solo, poignant « road-movie » théâtral, subtile réflexion sur des thèmes aussi casse-gueule que la vie, la mort, l’amour et la vieillesse, le metteur en scène Mario Borges a choisi Pierre Collin. Armé de ses 50 ans de métier, aussi à l’aise chez Molière que chez Koltès, le comédien semble particulièrement heureux d’avoir pareil personnage à se mettre sous la dent. « L’histoire de Georges Boivin est belle à raconter, mais elle est aussi belle à vivre, lance-t-il. Ce que j’ai dit en embarquant, c’est que je voulais jouer ça longtemps, si possible jusqu’à la fin de ma vie, en fauteuil roulant s’il le faut. Je veux faire des tournées. Je veux aller dire au monde que je suis encore vivant. Me promener aux quatre coins du Québec avec une affaire de même, tellement positive, ça me comble. Ces temps-ci, on me parle beaucoup de ma grande expérience, mais ce rôle-là, je ne l’ai jamais joué, c’est un vrai défi. Pour moi, c’est chaque fois une aventure nouvelle. Je suis un autodidacte, vous savez ? J’y vais tout le temps avec le coeur, je ne sais pas comment procéder autrement. »


    Certains prétendent qu’on ne parle bien que de ce que l’on connaît. Si c’est vrai, qu’est-ce qui peut bien pousser un trentenaire à se glisser dans la peau d’un septuagénaire ? « J’ai voulu donner la parole à un personnage qu’on ne voit pas souvent au théâtre, explique Bellemare. J’ai fini par comprendre que, dans mon histoire personnelle, beaucoup de choses me prédisposaient à donner la parole à un homme âgé. Tout d’abord, je n’ai pas eu de grands-parents, c’est-à-dire qu’ils étaient morts avant ma naissance. Puis, j’ai travaillé dans un centre hospitalier comme préposé aux bénéficiaires de 17 à 20 ans. Là-bas, je me suis rapproché de façon significative de personnes dites confuses. C’est cette affection, je crois, qui m’a poussé à écrire ce solo. J’irais même jusqu’à affirmer qu’un homme en particulier, auquel j’étais très attaché, a été un déclencheur exceptionnel dans l’écriture de la pièce. Depuis, il est essentiel pour moi de connaître ce que j’appelle la base motive de ce que j’écris. »


    Georges Boivin, 77 ans, vient de perdre son épouse quand il décide de partir, en compagnie de trois amis retraités, en direction de Vancouver, à la recherche de sa première conquête, une femme qu’il n’a pas vue depuis 50 ans. « Le personnage est animé par l’espoir d’un autre essai, d’une seconde chance, explique Collin. Il prouve que Confucius avait raison : on a bel et bien deux vies, mais la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une. Lorsque Georges, pour ne pas mourir, pour ne pas se noyer, saute dans un char, c’est là qu’une deuxième vie devient possible. Je dirais que c’est une philosophie à appliquer à chaque moment de notre vie, que l’on soit jeune ou vieux. Moi, après avoir traversé l’alcoolisme et le cancer, je considère que je suis rendu à ma quatrième vie. Un moment donné, tu te sens au bout, prêt à lâcher, et c’est là que tu réalises que tu as la possibilité de t’offrir un nouveau départ, une rallonge, un recommencement. Autrement dit, il faut vivre tant qu’on n’est pas mort ! »


     

    Collaborateur


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    Se jouer des étiquettes
     

    Depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre, en 2008, Martin Bellemare a touché à plusieurs formes d’écriture, a adopté les registres les plus divers : pièces sportives, baladofictions, pièces destinées aux jeunes publics, conte ou websérie. Récemment, il touchait au théâtre de marionnettes en signant la trame narrative de VooDoo, le nouveau spectacle de la compagnie Kobol, créé à Saguenay il y a peu, et qui sera présenté à l’Usine C du 16 au 21 octobre. La plus récente pièce de Martin Bellemare, La liberté, qui sera mise en scène à Jonquière, en janvier, a reçu, de la part du Centre national du théâtre, l’Aide à la création de textes dramatiques, une distinction française comparable à notre prix Gratien-Gélinas, en plus d’avoir été sélectionnée par le bureau des lecteurs de la Comédie-Française. Il y a de bonnes raisons d’espérer que la pièce soit montée dans l’Hexagone.













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