Théâtre - Cinéma de papier
Paper Cut
Texte, mise en scène et interprétation : Yael Rasooly, en collaboration avec Lior Lerman (Israël)
Aux Écuries le 3 octobre (en français) et le 4 octobre (en anglais)
Simple, conviviale, imaginative, la pièce ne réinvente toutefois pas la roue. Avec ses bricolages naïfs, manipulés sobrement, et son esthétique empruntée au cinéma des années 1940, elle n’impressionnera guère les spectateurs québécois, habitués au théâtre d’objets inventif et délirant du Théâtre de la Pire Espèce ou aux expérimentations de la Tortue Noire. N’empêche, faudrait pas bouder son plaisir. La pièce est charmante, son interprète l’est tout autant, et sous des dehors inoffensifs, elle se propose d’ausculter une société en manque de sensations fortes, traversée par la solitude et la banalité tout en se projetant artificiellement dans le monde reluisant des starlettes du cinéma.
1940. L’Occident se sort d’une crise économique et recommence à rêver de faste. La Seconde Guerre mondiale n’est pas encore une réalité. C’est dans ces moments de bascule, dans ces périodes d’apparente tranquillité, quand la vie est un long fleuve tranquille, que l’industrie du divertissement brille de tous ses feux.
Secrétaire sans histoire, le personnage inventé par Yael Rasooly carbure au rêve américain tel que les films d’amour en noir et blanc le lui font miroiter. Entre deux coups de fil, elle transforme son petit bureau en plateau de cinéma où les péripéties des amoureux éconduits se confondent avec ses propres fantasmes. Paris, Berlin, New York, Venise, en voyage de noces ou en séjour romantique, ses bricolages construits à partir de vieux magazines évoquent tous les lieux cultes de l’amour sirupeux. La voix de l’actrice se métamorphose pour jouer tous les rôles et pour pousser la chansonnette en reprenant des standards du jazz.
Évidemment, ça va mal tourner quand la réalité rattrape la fiction. En ce sens, la pièce évoque (mais à peine) les dangers d’une trop forte identification à un univers d’artifices. Ça finira tout de même dans la joie. Et puisque personne ne peut vraiment reprocher à cette pauvre secrétaire de vouloir s’évader de son existence anonyme, il faut surtout considérer Paper Cut comme un hymne à l’imaginaire et à la rêverie. Qu’il en soit ainsi.
***
Collaborateur








