Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Deux coeurs à l’orage

    3 octobre 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre

    Jusqu’à la lie

    Texte et mise en scène : Amélie Bergeron.
    Avec : Sophie Thibeault et Denis Marchand.
    Une production des Brutes de décoffrage présentée chez Premier Acte jusqu’au 13 octobre.

    Un bistro déserté depuis la construction de l’autoroute, sa jeune propriétaire sur le point d’accoucher, un client dont la présence fera écho à l’orage qui éclate dehors. Jusqu’à la lie d’Amélie Bergeron est à l’image d’un ciel assombri par cumul de nuages, un paysage balayé d’éclairs de lumière et de coups de tonnerre. Produit par les Brutes de décoffrage, ce drame sans artifice s’inscrit dans la lignée du théâtre du quotidien ; et si la pièce ne cherche pas à éblouir, elle y parvient de bien des façons.

    Jusqu’à la lie aborde ce que nous taisons, ce qui pousse à agir ou à fuir. On est à la frontière de ce qui unit et sépare, à la délicate jonction du désir individuel qui met en péril le libre-choix de l’autre. Elle remet en cause le sens d’un geste posé « pour » l’autre et sa monstrueuse métamorphose en gain pour soi. Loin du calque de situation et du feuilleton à message, ce texte repose sur une découpe du réel dans toute sa théâtralité. Bergeron fait le pari de l’authenticité et ne cherche surtout pas à faire la morale. Elle emprunte une voie dramatique qui trouve sa pleine incarnation dans l’interprétation qu’en font ses acteurs.


    La connivence entre Sophie Thibeault et Denis Marchand repose sur l’écoute, passe par le regard et le corps, et permet au spectateur de « lire » ce qui gronde entre les lignes. Cela se traduit par un rapport à l’objet soigné, précis, par des échanges soutenus, des montées et des retombées qui préservent l’équilibre du rapport de force. Au moment où la rage de l’homme éclate, on aurait souhaité que Marchand préserve dans la posture le malaise physique et l’hésitation qui caractérisent son personnage. Le déclin de ces aspects, d’un rendu impeccable jusque-là, sans affaiblir l’interprétation, n’offre peut-être pas la force de frappe anticipée. Thibeault et Marchand sont d’une justesse renversante et les silences rares et pleins qui s’érigent entre eux vibrent autant que le magnifique orage sonore qu’a conçu Michel G. Côté. La salle scindée en deux accentue le symbolisme de la pièce : l’éclatement qui a lieu ne peut que se dérouler sur un plateau sans mur où prendre appui.


    Dans le mot témoignant de sa démarche, la troupe propose de regarder le monde qui nous entoure, de le couler dans ce NOUS social, individuel et collectif, d’en faire un moule, un coffrage à remplir. Le démoulage de Jusqu’à la lie est non seulement réussi, il est prometteur, on le souhaite, des coffrages à venir.


    ***

     

    Collaboratrice













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.