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Théâtre - Un sous-monde en mouvement

24 septembre 2012 | Alexandre Cadieux | Théâtre
Plus ou moins porteur d’un discours social sur la pauvreté, La couleur du gris est une sorte de ballet sale et hypnotique.
Photo : Francis-William Rhéaume Plus ou moins porteur d’un discours social sur la pauvreté, La couleur du gris est une sorte de ballet sale et hypnotique.

La couleur du gris

Conception et maîtrise d’oeuvre : Anne Sabourin, en collaboration avec Christian LeBlanc. Une production d’Omnibus présentée à l’Espace Libre jusqu’au 6 octobre.

Résolument tourné vers l’avenir, Omnibus donne de plus en plus la chance à de jeunes artistes issus de son école de mime de prendre la responsabilité des spectacles de la compagnie. Anne Sabourin, interprète fascinante ici épaulée par Christian LeBlanc, signe avec La couleur du gris un essai bougé d’anthropologie poétique. Plus ou moins porteur d’un discours social sur la pauvreté, ce spectacle est une sorte de tableau impressionniste en mouvement, composé par touches de gris, une sorte de ballet sale et hypnotique.

On ressent l’influence revendiquée d’une oeuvre du bédéiste français Manu Larcenet intitulée Blast, une série de beaux livres noir-blanc-gris où l’on suit un obèse qui, pérégrinant seul et sans but suite à la mort de son père, rejoint une communauté qui s’est lucidement baptisée elle-même « République Mange Misère ». La trame, la faune humaine, quelques images fortes et une grisaillerie où jaillit parfois violemment et fugacement la couleur, voilà les éléments issus de la page qui ont trouvé leur chemin sur la scène de l’Espace Libre.


Devant le paysage composé par le scénographe et éclairagiste Jean-François Labbé, on se sent face à un sous-monde, un univers dont le coeur battrait sous le niveau de la rue, au propre comme au figuré. La lumière venant d’en haut peine à percer le smog et le béton de la ville ; bien émoussés sont les rayons du soleil qui parviennent laborieusement à se frayer un chemin jusqu’aux frémissants tas de guenilles qui s’avèrent contenir des femmes et des hommes.


Une remarquable réussite visuelle de la part de ce fréquent collaborateur du metteur en scène Christian Lapointe.


Le récit, peu bavard, s’articule comme la descente assumée d’un homme vers des bas-fonds aux allures de cour des miracles, où s’agite un singulier écosystème avec ses rituels empruntés ou inventés, un sens de la camaraderie qui se manifeste à coups de taloches, une sexualité pas particulièrement glamour, mais à tout le moins consentie. Quelques séquences plus oniriques, comme la visite nocturne d’une créature de rêve et une kitsch échappée de groupe vers la gloire, viennent brouiller les repères.


Pas tout à fait captivant de bout en bout, La couleur du gris fascine néanmoins. Sur la ligne de front, Gaétan Nadeau, friand de ce genre d’exploration performative, rend bien le tâtonnement curieux de celui qui navigue à vue dans un monde inconnu, croyant s’y fondre pour finalement se retrouver avalé et mastiqué par lui. Autour de Nadeau, Audrey Bergeron, Marie Lefebvre, Xavier Malo et Maxime Paradis donnent leur mouvement à ces exclus qui poussent et tirent leur visiteur, se repaissent de ce qu’ils peuvent, rendant compte finalement de cette vie qui palpite tout de même sous la crasse.

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