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    Théâtre - Entre Sherbrooke et Las Vegas

    22 septembre 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Félicité
    Texte: Olivier Choinière. Mise en scène: Michel Nadeau. Musique: Stéphane Caron. Avec: Lorraine Côté, Patric Saucier, Hugues Frenette, Véronika Makdissi-Warren. Une coproduction du Théâtre de La Bordée et du Théâtre Niveau Parking. À La Bordée jusqu’au 13 octobre.
    Créée en 2007 au théâtre de la Licorne, Félicité d’Olivier Choinière débusque avec brutalité et justesse une facette de notre inconscient collectif, de cette tendance à combler le vide existentiel en le meublant de la détresse des uns et de la renommée des autres. Afin d’en préserver l’essence et d’éviter la caricature, le texte de Choinière, magnifiquement construit, commande une direction sensible et une vision éclairée. La production qui ouvre la saison de La Bordée épouse la force narrative du texte, libère sa théâtralité et repose sur des interprétations d’acteurs nuancées, soutenues et transcendantes.

    Caro, cette fille qui n’a qu’une « moitié de nom », travaille chez Walmart, et ce qu’elle a de vie carbure à l’auge de la spectacularisation, celle de l’histoire d’horreur d’une pauvre fille de Sherbrooke et, à l’autre bout du spectre, celle de la divine Céline Dion, à qui elle voue une vénération exacerbée. Campée entre ces extrêmes, l’action se déroule à la fois dans le salon des employés de la grande surface, devant le miroir des vestiaires, dans la cuisine et la chambre de la victime sherbrookoise et dans la reconstitution des faits et gestes de la star et de la victime qui s’élabore à partir de ce que distillent les médias.
     
    Tout se joue entre des personnages anonymes qui auraient pu devenir des stéréotypes, mais qui, grâce au talent des interprètes, s’érigent tels des archétypes bouleversants, imprégnés de l’humaine présence au monde. À la fois, ils sont dans l’incarnation de l’indifférence, des préjugés et du mépris, plongent dans la reconstitution d’une tragédie, glissent dans la fabulation et nous restituent avec intelligence des fragments de détresse et d’impuissance. Si Véronika Makdissi-Warren, yeux cernés, chevelure en bataille, incarne une Caro trouble et convaincante, c’est par Lorraine Côté (préposée aux cosmétiques et mère indigne), Patric Saucier (gérant et père violent) et Hugues Frenette (étalagiste et fils complice) que prennent forme ces glissements entre les lieux, les interactions et les émotions générées.
     
    Michel Nadeau signe une mise en scène sobre qui privilégie les forces vibrantes du texte et de l’interprétation. Scénographie, costumes, éclairages et trame sonore — un efficace grondement souterrain — œuvrent dans le même sens.
     
    Issue des faits divers, du sordide et de l’adoration portée aux stars, Félicité se tisse comme une toile d’araignée avec, en son centre, une vie en quête d’âme.
     
     
    Collaboratrice












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