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Théâtre - Dessous masculins

29 août 2012 | Alexandre Cadieux | Théâtre
Changing Room transforme Espace Libre en bar de drag queens.
Photo : Guillaume D. Cyr Changing Room transforme Espace Libre en bar de drag queens.

Changing Room


Texte : Alexandre Fecteau, en collaboration avec Raymond Poirier.

Mise en scène : Alexandre Fecteau.

Une production de Nous sommes ici présentée à Espace Libre jusqu’au 8 septembre.

Il y a une réelle intelligence dans le travail qu’a effectué Alexandre Fecteau pour créer Changing Room, le théâtre documentaire que sa compagnie Nous sommes ici présente à Espace Libre pour amorcer la saison. J’oserais même parler d’une merveille de dramaturgie, parce qu’elle réussit à s’effacer au profit d’une invitation sensible à la réflexion maquillée en gros party. Sans être invisibles, les coutures s’avèrent d’une grande finesse, comme sur toute robe à paillettes qui se respecte.

Il y a en, de la paillette, dans Changing Room. Du latex et du velours aussi. Dans un Espace Libre déguisé en bar Le Drague, seul temple de personnification féminine à Québec où le spectacle a été représenté plusieurs fois depuis sa création en 2009, résonnent les voix de Liza Minnelli, Dalida, Diane Dufresne et autres icônes gays. Deux comédiens et deux comédiennes incarnant de jeunes hommes qui prennent plaisir à se grimer en divas pour des séances de lipsynch énergiques, sensuelles ou clownesques se déhanchent avec aplomb sur ces airs connus.


Voilà pour la partie cabaret, la pointe visible de cette culture d’autodérision, de petites mesquineries et d’extravagance qu’incarne Mado Lamothe dans notre imaginaire collectif. Fecteau et sa troupe, par le truchement de la caméra qui suit les personnages en coulisse, nous donnent accès aux loges où Délice, Rosie, la Goglue et Praline redeviennent Jean-François et consorts, le temps de quelques confidences sur le milieu, leurs vies et le regard que pose la société sur ces êtres dont la marginalité se révèle somme toute très relative. Le texte, construit à partir d’entrevues que les comédiens ont apprises par coeur - mimiques et hésitations incluses -, bénéficie d’un montage brillant qui part de l’anecdotique et du superficiel pour pénétrer petit à petit au coeur d’une certaine souffrance, sans jamais céder au pathétisme ou au militantisme purs.


Une bonne part d’improvisation demeure néanmoins. En effet, le spectacle restant fidèle à l’esprit des soirées de drag queens, les spectateurs sont interpellés, et quelques-uns se voient parfois carrément intégrés à certains tableaux. Ce n’est qu’à la toute fin de la représentation que l’on réalise à quel point toute cette dimension interactive, qui aura fait se crisper sur son siège plus d’un convive dans les moments de « recrutement », est gérée avec un doigté et un respect incroyables par les acteurs. Elle renforce encore chez le public le fort sentiment d’adhésion créé par les différentes strates de confessions mises en place à l’aide d’apartés.


Dans une veine documentaire plus intimiste que celle exploitée par Porte Parole, la compagnie derrière Sexy Béton, qui nous offrira dès le 4 septembre Grain(s) à la Licorne, Nous sommes ici n’en aborde pas moins, et assez subtilement de surcroît, de réels enjeux liés au vivre-ensemble comme l’homophobie et le manque de reconnaissance de ses performeurs rarement considérés comme des artistes. Voilà une franche et irrésistible leçon de dignité humaine sur fond de En vogue et de blagues salées.

 
 
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