Fin de parcours en allemand et en anglais au Festival d’Avignon
Au moment où j’écris ces lignes, il est trop tôt pour savoir si ce 66e Festival d’Avignon (qui s’achève) aura été un succès d’assistance. Sans doute. Malgré le fait qu’une partie de la presse française s’indigne devant l’événement jugé trop élitiste, prétendument déconnecté et adressé à une poignée de « bobos parisiens », les salles sont pleines et le public, bien que très enclin à partir bruyamment en plein milieu des représentations, est aussi grandement constitué de spectateurs curieux et prêts à tous les chamboulements. Ils sont servis.
Pas de spectacles passéistes qui sentent la naphtaline ni de divertissements clinquants. Le mieux qu’on puisse espérer est que le festival continue de résister à ceux qui, notamment, brandissent le spectre du fondateur Jean Vilar (dont ils interprètent trop courtement la pensée) pour réclamer à grands cris des spectacles populaires, convenus et consensuels. Pitié, non.
Cette édition aura donc été, en ce qui me concerne, une grande réussite. Il y eut bien sûr quelques pièces moins convaincantes, notamment une mise en scène austère et hélas inconsistante de La mouette par Arthur Nauzyciel dans la Cour d’honneur, une relecture très artificielle de Six personnages en quête d’auteur (de Pirandello), par Stéphane Braunschweig, et un spectacle très agité mais peu fécond sur la crise financière, par le metteur en scène Bruno Meyssat (15 %).
Mais cette année aura aussi été celle du stimulant spectacle de Christophe Honoré sur les nouveaux romanciers et celle de la découverte du Suédois Markus Öhrn, franchement iconoclaste, et du Hongrois Kornél Mundruczu, architecte d’un théâtre à la fois brutal et réflexif (dont je vous parle pour la première fois). C’était aussi l’année des Allemands. Thomas Ostermeier secouait la scène de l’Opéra-Théâtre avec sa relecture percutante d’Ibsen alors que Nicolas Stemann, metteur en scène associé au Thalia Theater de Hambourg et au Schauspiel Köln de Cologne, s’attaquait à l’écriture indomptable d’Elfriede Jelinek dans un esprit libre et spontané.
Son spectacle, Les contrats du commerçant, adopte une forme ouverte, joyeuse et parfaitement décloisonnée, où se rencontrent, dans un désordre libérateur, toutes les possibilités de la scène : spontanéité du concert rock ou de l’improvisation, caméras en direct, jeu physique, danse désinvolte et lecture de texte (mais de manière follement déstructurée). Il n’y a pas meilleur contexte pour se libérer des chaînes du néolibéralisme tout en déconstruisant le langage de la finance, tel que le propose ce texte de Jelinek dans une écriture dense et polyphonique (comme toujours).
And what about England ?
Même si les Allemands, toujours en tête de peloton de l’avant-garde théâtrale, ont fait l’unanimité, ils ont partagé les scènes d’Avignon avec une espèce rarement rencontrée dans le prestigieux festival : des artistes britanniques. Rappelons que l’artiste associé Simon McBurney est venu d’Angleterre pour mettre son grain de sel dans la programmation.
Connus pour leur théâtre minimaliste, construit à partir d’improvisations et de discussions, les comédiens-narrateurs du collectif Forced Entertainment présentaient deux spectacles, The Coming Storm et Tomorrow’s Parties. Le premier scrute les mécanismes de la narration et se montre sceptique à l’égard des codes hollywoodiens, y opposant des historiettes inachevées. Le deuxième invente un futur inquiétant à partir d’extrapolations du présent, observé d’un oeil scrutateur. Mais dans les deux cas, malgré l’inventivité, l’humour et la charmante simplicité, les paroles s’épuisent vite dans la répétition et l’absence de direction.
Il en est tout autrement de Katie Mitchell, dont les pièces Les anneaux de Saturne, inspirée du roman éponyme, et Ten Billion, réalisée en collaboration avec le scientifique Stephen Emmott, ont brillé d’intelligence et propagé une nécessaire inquiétude au sujet du réchauffement climatique. Au coeur d’une captivante fabrication d’images et de sons ou confrontées aux propos alarmants du scientifique, les pièces de Mitchell bousculent aussi les conventions théâtrales et font d’elles une marginale sur la scène britannique, laquelle est toujours fortement attachée à un théâtre textocentriste et hyper dialogué.
Et c’est ainsi que ça se termine. Rendez-vous l’an prochain.
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Collaborateur








