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L’homme invisible : la part de l’autre de Patrice Desbiens

La quête identitaire du poète franco-ontarien mise en mots et en scène

21 juillet 2012 | Fabien Deglise | Théâtre

L’Homme invisible

Avec Guillaume Tremblay et Jimmy Blais

Au Monument-National

Du 26 au 28 juillet

Quand on vient au monde au croisement de deux solitudes, possible que l’on finisse par se sentir un peu seul. Voire invisible. Possible aussi que cela donne envie de cartographier le chemin qui pourrait nous aider à atteindre notre véritable identité, et intituler tout ça L’homme invisible, et finir par voir un jour ces mots exposés sur une scène.

C’est ce qui est arrivé au poète Patrice Desbiens, artiste protéiforme né à Timmins, en Ontario, et vivant aujourd’hui à Montréal. Sa quête identitaire mise en mots se prépare une nouvelle fois à prendre les planches. Le spectacle invite, dans une formule bilingue - forcément -, à un voyage au coeur de soi, surtout quand l’auteur essaie de se cristalliser dans un environnement biculturel parfois sous tension.


Franglais


« À l’origine, ce texte n’a pas été écrit pour le théâtre », résume Harry Standjofski, qui signe la mise en scène de cette pièce aux confins de la complexité identitaire. La première transmutation a eu lieu à Kingston, en Ontario, lors d’un festival de théâtre en 2011. « Ç’a fonctionné et nous voulions vraiment amener cette production à Montréal puisque cette création est taillée sur mesure pour elle. »


Avec un texte composé à 55 % en français et à 45 % en anglais, cette exploration de l’invisibilité relative passe par un duel d’acteurs - Guillaume Tremblay et Jimmy Blais - incarnant chacun une des faces de l’identité de l’auteur. L’un va parler à l’autre, l’ignorer, le confronter, « comme un débat à l’intérieur de sa tête », débat induit par des dérives amoureuses qui vont pousser l’homme à mieux se comprendre en passant au crible les racines qui l’ont construit.


« Il n’y a aucune dimension politique dans ce texte, estime le metteur en scène. L’action se passe dans le nord de l’Ontario à la fin des années 60, début 70. Quelqu’un se cherche. On l’accompagne dans sa démarche ».


Sombre ? La proposition a tous les ingrédients pour l’être, mais l’humour de Desbiens évite la dérive, assure M. Standjofski, en présentant un être en questionnement qui va finir par comprendre que son côté francophone porte un regard très différent de son côté anglophone sur son présent, son entourage, le monde. Et qui va finir par s’en amuser. « Il y a une grande universalité dans le propos qui rejoint facilement les immigrants, confrontés eux aussi à ce genre de recherche complexe et tortueuse de leur identité. »


Présenté une première fois en mars dernier à Montréal, L’homme invisible va revoir le jour « dans une mise en scène ajustée », dit M. Standjofski, pour mieux porter quelques vérités du récit : « Au départ, on sent que l’homme invisible appréhende la dichotomie qui l’habite comme une faiblesse, mais en l’auscultant, il va se rendre compte qu’il s’agit en fait d’une force. » Une perspective, un constat, une lecture de l’identité composite qui, dans l’ici-maintenant, gagne effectivement à ne pas rester invisible.

 
 
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