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Théâtre - … et il sort, côté jardin

19 juin 2012 | Michel Bélair | Théâtre
Le FTA et le Carrefour de Québec sont derrière nous depuis une bonne dizaine de jours et l’on baigne déjà dans la pleine saison des gros festivals « rassembleurs » : Montréal est redevenue une foule qui crie sur la place des Festivals. Sans escouade anti-émeute. Sans hélicoptère. Ces jours-ci, le carré rouge se porte d’ailleurs tout autant que la gougoune, seyante ou non, et même les casseroles semblent s’être calmées le temps d’une canicule ou deux. Pour les théâtreux, c’est le signal : la saison est terminée.

Pas vraiment tout à fait puisque quelques rares théâtres d’été subsistent encore et que l’on peut aussi se taper les blockbusters de Juste pour rire… mais qu’on le veuille ou non, ça y est presque. C’est fini. Il ne se passera plus rien d’ici à la fin août alors que tout redémarrera lentement. Calme plat, donc. Sauf pour les papiers de notre envoyé spécial à la 66e édition du Festival d’Avignon, Philippe Couture. Voilà donc venu le moment de signer la dernière chronique de la saison. Snif.


Et même : re-snif. Parce que pour moi, c’est ici que ça se termine « pour de bon » comme on dit dans les chaumières appalachiennes et autres. Après dix années intenses à témoigner d’abord, tous les mardis, des rêves et des passions des artisans du théâtre d’ici, le moment est venu de tirer ma révérence et de signer vraiment ma dernière chronique. Comme le chantait l’homme à la tête de chou : « Je suis venu [vous] dire que je m’en vais… »


En partant pour laisser toute la place à la brillante et toute jeune équipe théâtre du Devoir, on me permettra de revenir une dernière fois sur ce parcours fulgurant qu’aura vécu la société québécoise dans son ensemble depuis la fin des années 1960… alors que Jean Basile me demandait de le remplacer au moment précis où tout a explosé. Où le Québec est mort, vive le Québec ! pour emprunter le titre du plus récent album de Loco Locass…


Dans les faits, dans la vraie vie ordinaire, une sorte de tsunami s’abattit sur un ensemble chambranlant de vieilles valeurs sentant le moisi de sacristie, et tout fut emporté comme une vieille grange desséchée, on le sait. Mais le plus beau dans tout cela, c’est que le théâtre québécois qui balbutiait à peine, et dont on parlait déjà fréquemment dans ce vénérable Devoir, allait être le fer de lance de cette poussée dévastatrice. Quand un gars tombe au bon endroit au bon moment…


Il y avait, bien sûr, Tremblay-Brassard que l’on connaît mieux, mais aussi Françoise Loranger qui dénonçait la loi 63 au milieu de la crise sociale sur la langue dans Médium saignant. Et Paul Buissonneau et l’école de vie du Quat’Sous. Jean-Claude Germain et le succès phénoménal du spectacle Les enfants de Chénier dans un grand spectacle d’adieu qui déflaboxait joyeusement le répertoire classique français. La fabuleuse et délirante aventure du Grand Cirque Ordinaire et des Jeunes comédiens du TNM. Ducharme. Ronfard. Gravel. Tout en même temps, ou presque, qui s’affirmait sur toutes les scènes.


Puis l’impact majeur de tout cela sur la nouvelle génération de comédiens et de spectateurs aussi et sur ce qu’ils allaient, eux, « faire » du théâtre ; les auteurs, les metteurs en scène, les acteurs de ces années 1980 que j’ai ratées pour l’essentiel parce qu’ailleurs… Puis Lepage, Marleau, Mouawad. Sans oublier tous les autres qui continuent à témoigner depuis, toujours, de notre présence ici. Jusqu’aux tout récents dont le nom commence à faire trembler les murs des certitudes établies. Merci de nous avoir remués et nourris si intensément… Merci d’avoir vraiment changé sinon le monde, du moins le Québec.


Peu de gens ont eu la chance immense, comme moi, d’avoir le privilège de témoigner de tout cela avec quelques pauses, bien sûr, puisque l’on est tous happés, d’une façon ou d’une autre, par le fond de l’air du temps. Et nous voilà à nouveau ici et maintenant tout juste sortis de la rue. Comme à l’automne 1968 alors que nous marchions aussi, nombreux, autour de l’Université de Montréal… The times they are changing…


Cet air de changement est d’ailleurs tellement présent que nos futures rencontres se feront de plus en plus rares. Sur un tout autre rythme, du moins : celui de la présence québécoise sur les scènes jeunes publics importantes. Ici et en Europe. Et dans le cahier Livres aussi, sous la rubrique : Polars. Deux presque rendez-vous cachés, secrets… ad vitam aeternam, amen…


Allez, bonne route vous aussi !

… et il sort, côté jardin.


En vrac


L’inclassable Pol Pelletier, propose cet été, et pour la première fois hors de Montréal, sa plus récente pièce La robe blanche, « l’histoire d’une petite fille qui révèle des secrets » et qui touche « toutes les personnes concernées par la question : Qui sommes NOUS ? ». Le spectacle sera présenté six fois seulement au Théâtre du Marais de Val-Morin, les 5, 6, 7 et 12,13 et 14 juillet, à 20 h. On en apprendra plus sur le site www.theatredumarais.com ou en faisant le 819 322-1414.


Le Petit théâtre du Nord - qui n’a rien à voir avec le plan du même nom - est l’un des théâtres d’été les plus intéressants de la grande région montréalaise. Cet été on y propose justement, du 22 juin jusqu’au 25 août, une pièce d’une jeune femme qui occupe de plus en plus d’espace sur nos scènes, Sarah Berthiaume, la chum de fille de Simon Boulerice. Elle a concocté un drame humain poignant, Les orphelins de Madrid, dans lequel des parents divorcés se donnent rendez-vous à mi-chemin entre Montréal et Québec pour prendre leur petite fille en charge. Sylvain Bélanger signe la mise en scène. On se renseigne au 450 419-8755.


Dès demain à 20 h, au Monument-National, le festival Juste pour rire présente Le prénom de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, une production qui a fait courir plus de 250 000 spectateurs lors de sa création en France ; l’adaptation québécoise est de Maryse Warda et c’est Serge Denoncourt qui signe la mise en scène. L’intrigue semble plutôt mince - un futur papa un peu baveux impose son choix de prénom qui ne fait nullement l’unanimité -, mais le spectacle semble susciter beaucoup d’intérêt puisque l’on vient d’ajouter 15 nouvelles représentations entre le 10 et le 28 juillet. On retrouvera là Catherine-Anne Toupin, Gabriel Sabourin, Christian Bégin, Isabelle Vincent et Patrice Robitaille.


Puisqu’il est ici question de fin de saison et de JpR, soulignons que le festival propose aussi dès le 19 juillet une série de représentations de L’assassinat du président, une production du Théâtre du futur racontant le meurtre du président de la République québécoise, Gilles Duceppe, en 2027. La chose est présentée, au théâtre La Chapelle, dans le cadre de Zoofest. Rappelons enfin que, toujours dans le cadre de Juste pour rire les amateurs de comédie musicale pourront voir Chantons sous la pluie dans la mise en scène de Denise Filiatrault dès le 7 août au Saint-Denis 1.


C’est comme ça que ça se termine…

 
 
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