Paysages corporels
Nature morte
Un spectacle de et avec Julie Andrée T. À l’Espace Go, ce soir à 21 h.
Ce n’est pas la première fois que Julie Andrée T. s’invite au FTA - elle y était en 2003, puis en 2009. Mais c’est peut-être la première fois qu’elle se montre aussi « théâtrale ». L’espace scénique est habité de nombreux accessoires, la mise en scène prend souvent le dessus sur les actions incontrôlées et l’oeuvre, du moins dans sa première partie, possède ses personnages dramatiques - une chanteuse de cabaret, suivie d’une exaltée à l’accent très soigné qui dialogue avec la Mort.
Certes, il n’y a pas de narration, seulement une succession de moments imagés autour de la mort, de la déchéance, de nos rapports avec la nature. L’ensemble est plus abstrait que littéral, plus évocateur qu’indicateur. C’est le lot de la performance, mais parfois celle-ci semble tout aussi dénaturée que l’art dramatique.
Les premiers tableaux, ponctués de textes, de costumes et de décors plus que d’objets avec lesquels performer, annoncent une histoire. On est dans l’amorce de quelque chose qui ne se produira pas.
Les complices habituels de l’artiste, Jean Jauvin aux éclairages et Laurent Maslé aux ambiances sonores, animent heureusement ces premières séquences par un jeu d’ombres et de bruits amplifiés. Ils feront sentir leur présence tout au long du spectacle, mais parfois de manière accessoire, question de permettre à la protagoniste de reprendre son souffle.
Car finalement, performance il y aura. Une fois débarrassée de sa robe cabaret, qu’elle troquera pour une tenue verte lumineuse plus légère - joli moment que cette course sur place pour changer de costume -, puis beaucoup plus tard dans la tenue d’Ève, Julie Andrée T. fera ce qu’elle sait mieux faire. Elle travaillera sur son corps, le laissant choir, le mettant à l’épreuve, le maculant de peinture. En digne fille des arts visuels, elle donne aux matières picturale et plastique une importance capitale.
Si Nature morte est exempte de narration littérale, elle possède tout de même sa progression dramatique. C’est le corps de l’artiste qui la porte. Habillé au départ, puis peinturé, celui-ci avance, se transforme, en allégorie de la vieillesse.
Dans un des plus intenses moments, Julie Andrée T. lutte corps à corps avec le ciel, ou avec le panneau qui le représente. Elle l’enlace, le porte sur son dos et finit par se faire écraser par lui, incapable de supporter le poids des responsabilités. La fin n’en sera pas moins forte. Câblée comme une marionnette et couverte d’une poussière blanche, Julie Andrée T. parvient à illustrer le destin de tout corps, sa perte d’autonomie suivie de sa disparition totale.
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Collaborateur








