Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Un sensible coup d’archet

    2 juin 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre

    El viento en un violin


    Texte et mise en scène : Claudio Tolcachir. Avec : Araceli Dvoskin, Inda Lavalle, Miriam Odorico, Claudio Tolcachir, Paula Ransenberg, Gonzalo Ruiz. Une production de Timbre 4 présentée au Périscope jusqu’au 2 juin.



    Deux univers familiaux désorganisés sur un même plateau. L’un régenté par Mercedes, une bourgeoise mère dragonne dont l’amour foudroyant ne parvient pas à enflammer son Dario de fils, qui tarde toujours à 30 ans à trouver sa place dans le monde. L’autre, modeste, où évolue une Doria dévouée, qui oeuvre comme bonne chez la première et maintient sa fille Celeste dans un état d’enfance attardée. Ajoutons à cela le psy de service, impuissant à redresser le fils, et la vigoureuse et très amoureuse Lena, dont le désir d’enfant viendra sceller le destin de Celeste et celui des deux clans. Follement improbable, comme souvent l’est la vie, le déboussolant El viento en un violin est magistralement vrai comme le théâtre se doit de l’être.


    C’est pourtant timidement que se déposent les premiers fragments de cette histoire de familles, et graduellement que se nouent les premiers fils qui lient les personnages les uns aux autres, le temps de saisir ces deux tribus, ces deux maisons, ces deux mères et le chaos qui est le leur. Après nous avoir conquis dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec l’an dernier avec La omisión de la familia Coleman, Claudio Tolcachir revient en force débusquer les non-dits familiaux, les inégalités sociales, le mépris, les tabous, et les failles qui font des humains ce qu’ils sont. Et Tolcachir et ses acteurs le font avec brio, tant au niveau de l’interprétation et de la fluidité des déplacements que dans l’éclatement des situations qui s’y vivent. Car les acteurs de Timbre 4 ont le secret pouvoir de passer du tragique à l’absurde, du léger au grave, et de faire de nous autre chose que des spectateurs. Peu à peu aspirés malgré nous, on finit par avoir l’impression d’être dans la peau de chacun, d’être dans la vibration de leur souffle.


    On rit beaucoup, déroutés par la vivacité des dialogues, happés par le rythme de la pièce, troublés par certaines scènes, notamment celle du viol inversé où Dario se trouve, à la pointe du couteau que tient Lena, forcé d’ensemencer la toute fragile Celeste. Tout comme dans La familia Coleman, l’absence de père est manifeste, mais elle se fait dans El viento en un violin l’humble coup d’archet qui pourrait bien faire vibrer les fibres nues et sensibles des êtres les plus engourdis.


    Chose certaine, El viento en un violin de Timbre 4 soulève sur scène un courant qui déroute et ensorcèle, un magnifique et vibrant El Niño qui fait du coeur un violon.



    Collaboratrice













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.