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Sous les drapeaux

2 juin 2012 | Philippe Couture | Théâtre
Une scène de Maudit soit le traître à sa patrie
Photo : Ziga Koritnik Une scène de Maudit soit le traître à sa patrie

Maudit soit le traître à sa patrie


Texte et mise en scène : Olivier Frlji. Une production Mladinsko Theatre (Slovénie), à l’affiche du théâtre Rouge du Conservatoire dans le cadre du Festival TransAmériques jusqu’au 2 juin.



C’est peut-être enfin le spectacle brutal, coup-de-poing, qu’on attendait dans ce 6e Festival TransAmériques, qui a débuté un peu plus gentiment que prévu. Mais voici venir Olivier Frljić et la troupe du Théâtre Mladinsko de Lubiana, adeptes d’un théâtre direct, frontal et viril. Auscultant les cendres de l’ex-Yougoslavie et la manière dont les discours nationalistes et la grande marche vers le néolibéralisme ont charcuté ce pays, ils proposent une pièce fragmentaire mais musclée sur le patriotisme comme fondement de la haine.


La pièce commence pourtant sur le ton de la nostalgie. Au tambour, à la clarinette ou au violoncelle, couchés sous une lumière claire-obscure, les dix acteurs jouent une première musique triste, puis jouent les endeuillés se remémorant, mi-désespérés mi-amusés, quelques illustres collègues disparus. L’hymne national retentira, se déposant sur leurs corps nus, jusqu’à ce que cette cérémonie soit interrompue par de sauvages coups de feu.


Le procédé sera répété à plusieurs reprises : chaque fois que le patriotisme se déploie, il est détourné par les bruits insistants des coups de feu et le spectacle des corps qui s’affaissent. Ainsi se terminera le délirant défilé des corps enroulés dans le drapeau yougoslave ou le chant d’un choeur entonnant une chanson traditionnelle. Le détournement systématique du discours nationaliste est percutant : la troupe montre, par de simples revirements, comment les mots de la fierté nationale mènent directement au langage de la guerre. Ils procèdent à une déconstruction violente du lyrisme patriotique, montrant avec une fulgurante clarté en quoi l’amour de la patrie n’est que trop souvent le reflet de la haine de l’autre.


Quand cette mécanique se retourne contre le public, dans un monologue d’une formidable violence contre les « femmelettes de Québécois », la démonstration de la logique guerrière est plus incisive que jamais. Mais la troupe d’Olivier Frljić ne tombe jamais dans le manichéisme et nous invite ensuite à observer les conflits et dissensions qui l’animent.


Entre clivages générationnels, fantômes issus d’un lourd passé et perceptions différentes de la réalité politique, ils se lancent dans de profonds et prenants questionnements sur la Vérité. Ce nationalisme qu’exaltent les chansons et la culture populaires, même s’il a conduit le pays à la guerre, n’est-il pas traversé de sincérité et de beauté ? Voilà le grand paradoxe exploré brillamment dans cette pièce.



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