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Théâtre - La mélodie du malheur

30 mai 2012 | Marie Labrecque | Théâtre
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	Une vie presque normale met en scène une famille qui serait ordinaire, n’eût été les problèmes chroniques éprouvés par la mère. Une situation qui affecte bien sûr tous ses proches.</div>
Photo : Jean-François Hamelin
Une vie presque normale met en scène une famille qui serait ordinaire, n’eût été les problèmes chroniques éprouvés par la mère. Une situation qui affecte bien sûr tous ses proches.
Une vie presque normale
Livret : Brian Yorkey. Musique : Tom Kitt. Traduction : Yves 
Morin. Mise en scène : Denise Filiatrault. Au Théâtre du 
Rideau Vert jusqu’au 16 juin.
À l’image de sa protagoniste, Next to Normal n’est pas tout à fait standard. Cette œuvre, qui a remporté le prix Pulitzer de la meilleure pièce en 2010, met à l’avant-scène un sujet a priori lourd pour un musical : la maladie mentale. Et ce qui distingue la pièce de Brian Yorkey et Tom Kitt, outre ce voyage dans la tête d’une femme psychologiquement perturbée, c’est peut-être aussi la dimension domestique, quotidienne de son univers.

Une vie presque normale met en scène une famille qui serait ordinaire, n’eût été les problèmes chroniques éprouvés par la mère, qui souffre de bipolarité depuis un événement tragique survenu 16 ans plus tôt. Une situation qui affecte bien sûr tous ses proches. La pièce trace souvent des parallèles entre la mère et sa fille adolescente, qui souffre du manque d’attention parentale et vit, non sans se rebeller, ses premières amours. Deux êtres complexes et pas reposants, que leurs amoureux, de bons gars, tentent tant bien que mal d’aider…

La pièce traduit l’existence chaotique de cette famille à travers une structure mobile, qui entrecroise souvent les actions et permet une cadence accélérée. Et n’ayez crainte, le drame est allégé par une bonne dose d’humour, qui permet d’avaler la pilule en douceur. On y trouve par exemple un regard dérisoire sur le défilé de médicaments aux effets indésirables que subit la mère et une vision fantaisiste du thérapeute (Renaud Paradis), vu à travers le prisme hallucinatoire de sa patiente.
 
Les chansons, à la sonorité plutôt rock, tendent à épouser l’énergie maniaque de l’héroïne. Quelques belles mélodies restent en tête, mais en général, la musique omniprésente sert de trame sonore à l’histoire, au lieu de privilégier une succession de hits mémorables. La simplicité, voire la banalité, de quelques vers frappe l’oreille dans la toujours difficile adaptation française des chansons (« yé pas là », ça sonne un peu mal).
 
Mais en gros, la production du Rideau Vert est efficace, humaine et rondement menée, avec une transition rapide entre les scènes. Ça déboule entre les multiples lieux, dans ce dispositif scénique à deux étages (les niveaux de la conscience ?), sur lequel est projeté un jeu d’éclairages psychédéliques. Surtout, Denise Filiatrault a réuni d’excellents chanteurs. La star-académicienne Véronique Claveau, parfaitement convaincante en fille excédée, Isabeau Proulx-Lemire en fils adoré. Juste et émouvant, Jean Maheux prête sa belle voix au mari dépassé, impuissant. Benoît McGinnis, malgré un registre vocal grave semblant plus faible, joue avec humanité et une rafraîchissante candeur.

La pièce repose beaucoup sur la performance assurée de Geneviève Charest. La chanteuse lyrique communique le désarroi et la solitude de cette femme qui voit les traitements lui voler sa personnalité, ses émotions, et même, après une séance d’électrochocs, son passé. Et qui en vient à conclure que la souffrance est un prix acceptable à payer pour la lucidité.
 
La finale peut paraître d’un optimisme plaqué. Reste qu’avec ce musical atypique, on rompt quelque peu avec l’univers, souvent édulcoré, du genre.

***
 
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