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    Théâtre - Ce jour-là et tant d’autres à venir

    29 mai 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Claude Breton-Potvin, Emmauel Bédard et Hugues Frenette incarnent avec ardeur trois activistes de sofa.
    Photo: Nicola-Frank Vachon Claude Breton-Potvin, Emmauel Bédard et Hugues Frenette incarnent avec ardeur trois activistes de sofa.

    L’angoisse cosmique ou le jour où Brad Pitt fut atteint de paranoïa

    Texte : Christian Lollike. Traduction : Catherine Lise Dubost. Mise en scène : Michel Nadeau. Avec : Emmauel Bédard, Claude Breton-Potvin, Hugues Frenette. Une production du Théâtre Niveau Parking, présentée au Carrefour international de théâtre de Québec du 25 au 28 mai 2012.

    La pièce de Christian Lollike, présentée par le Niveau Parking au Carrefour international de théâtre, nous renvoie une décapante image de ce que nous sommes. On attend Godot, le messie, le sauveur, on est passé maître dans le rôle du gérant d’estrade, on sait mieux que quiconque qui doit faire quoi pour sauver la planète ou le Canadien, assis dans son fauteuil, un apéro à la main, un doigt dans le nombril, les yeux rivés à l’écran.

    L’action (ou plutôt l’inaction des protagonistes) se déroule dans un appartement « intelligent » dominé par un double écran mural qui liste en temps réel l’état de la planète : nombre de naissances, de décès, de voitures fabriquées dans l’année, de produits toxiques, de tweets envoyés dans le cours de la journée… Un simple mouvement de la main, et le monde entier entre au salon.


    Ils sont trois à se partager le lieu, deux qui semblent s’aimer comme on aime le scotch, la musique ou les jeux télévisés. On pourrait reprocher à l’auteur ses personnages qui ne sont que des coquilles vides destinées à faire progresser le propos, mais c’est aussi ce que nous sommes en passe de devenir : des consommateurs de produits, de marques et d’idées, des êtres désincarnés qui se meuvent dans un espace matériel. Ils sont donc trois à jouer à celui qui sauvera la terre : Brad Pitt.


    Emmanuel Bédard, Claude Breton-Potvin et Hugues Frenette incarnent avec ardeur ces trois activistes de sofa qui réinventent l’engagement moral et humanitaire à coup de saynètes où Brad et Angelina mettront tout en oeuvre pour contrer l’apocalyptique menace à laquelle la planète fait face. Michel Nadeau signe une mise en scène qui met en évidence le décalage entre l’action et l’inertie, la cacophonie ambiante et l’absence de profondeur, l’emballement soudain et sa retombée. Les solides insertions vidéo constituent une trame qui nous ramène la brutalité de la situation pendant que le jeu auquel se livrent les personnages nous convie à la perte de sens, à l’ironie, et à l’impuissance qui en résulte. La narration indirecte, le recours aux micros, les adresses à la salle et les pauses, prévues par l’auteur et finement utilisées par Nadeau et ses acteurs, en sont l’inestimable écho.


    Avec sa facture ludique, sa musique, ses fragments documentés et ses envolées hollywoodiennes, l’Angoisse cosmique tire avec justesse sur le fil de l’engagement social qui se limite trop souvent à enregistrer son « pour ou contre » virtuel à la question du jour.


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    Collaboratrice













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