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Théâtre - À bras-le-corps

10 mai 2012 | Philippe Couture | Théâtre
Le décor de Playtime, avec sa plateforme arrondie qui pivote au centre de la scène, évoque le plateau central de certains bars de danseuses nues. Sur notre photo, le comédien Stéphane Crête.
Photo : Pierre-Luc Bernier Le décor de Playtime, avec sa plateforme arrondie qui pivote au centre de la scène, évoque le plateau central de certains bars de danseuses nues. Sur notre photo, le comédien Stéphane Crête.

Playtime

Mise en scène : Céline Bonnier. Une production Momentum, à l’Espace Libre jusqu’au 19 mai.

Voici un spectacle aussi ambigu que polysémique, qui résiste très fort à la description, échappe profondément au discours unique et risque de susciter une grande diversité d’interprétations. Céline Bonnier, visiblement à la recherche d’un nouveau langage scénique, nous invite à observer, comme dans sa courte pièce Hello… how are you créée à La Chapelle en octobre dernier, des corps performatifs qui s’essoufflent dans la répétition de gestes aliénants ou pulsionnels. Sans la nudité, cette fois. Elle disait en entrevue vouloir aborder l’érotisme. La pièce s’y aventure, certes, mais elle semble plutôt inviter à une réflexion sur le thème, plus large, de la rencontre : comment se présenter sincèrement à l’autre ; quelle facette de nous-mêmes sommes-nous prêts à mettre de l’avant ?



Je ne voudrais pas emprisonner le sens de cette pièce dans ces deux uniques questions, mais il faut bien tenter une interprétation. Certes, le décor, avec sa plateforme arrondie qui pivote au centre de la scène, évoque le plateau central de certains bars de danseuses nues : le corps y est offert sous différents angles, selon différents points de vue concentriques. Si les corps sont traversés d’une certaine animalité, envahis de pulsions érotiques, ils sont aussi engagés dans des actions répétitives et névrosées qui n’ont rien de sexuel, même si elles sont aussi destinées au regard de l’autre, peut-être dans un vain désir d’attirer l’attention. Il y a bien une scène sans équivoque : Stéphane Crête et Clara Furey égouttant violemment des fruits jusqu’à suggérer une baise torride et juteuse. Mais dans l’ensemble, l’érotisme est sous-jacent, dissimulé derrière de simples tentatives de signifier sa présence à l’autre.


Ainsi, Clara Furey traverse péniblement la scène en talons hauts, titubante mais digne, comme dans un étrange exercice de séduction. Paul-Patrick Charbonneau se retrouve enrubanné à répétition de pellicule plastique, incapable de se défaire de cette enveloppe qui l’éloigne de tout contact avec l’extérieur. Stéphane Crête projette des diapos bucoliques sur la peau nue de ses collègues, puis erre dans l’espace en photographiant ses semblables, cherchant à capturer l’âme humaine sur pellicule. Puis les comédiens se rencontrent au milieu de la scène, en position parallèle, récitant comme des robots une récurrente litanie : « Why do two parallels never touch each other ? Because they’ve never been introduced to each other. » Comment marcher à l’unisson, être ensemble et non décalés l’un de l’autre ? Les réponses sont laissées à l’imagination du spectateur.


Même le langage ne semble plus être un moyen d’entrer en discussion avec l’autre. Dans un savoureux monologue de Gaétan Nadeau, rempli de mots savants mais creux, la langue tourne à vide et ne répond qu’à sa propre syntaxe, totalement déconnectée du réel, absolument sans objet.


***
 

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