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    Théâtre - Du sauvage à la matière

    17 avril 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Œuvre-laboratoire, L’enfant matière, dans sa facture actuelle, relève de l’exploration. Il lui reste un pas à franchir pour que sa richesse symbolique se décloisonne.<br />
    Photo: Source: Louise Leblanc Œuvre-laboratoire, L’enfant matière, dans sa facture actuelle, relève de l’exploration. Il lui reste un pas à franchir pour que sa richesse symbolique se décloisonne.
    L'enfant matière
    Texte: Larry Tremblay.
    Mise en scène: Christian Lapointe. Avec: Hugues Frenette, Christian Essiambre et Noémie O'Farrell. Une production du Théâtre Blanc, présentée à La Caserne (Dalhousie) jusqu'au 28 avril.
    Québec — Créée dans le giron du Théâtre Blanc, L'enfant matière, la plus récente pièce de Larry Tremblay, ravive les notions d'identité, de perfection et de manipulation, et expose la mince frontière qui sépare l'enfant désiré de l'enfant fabriqué.

    Ravi, acheté ou trouvé, isolé du monde, l'enfant devient objet d'expérimentation aux mains d'un père virtuel tout-puissant, une allégorie dont la force d'écriture réside dans la fusion de ses oppositions: nature-culture, poésie-froideur, liberté-enfermement. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec Les enfants sauvages de Lucien Malson et cette idée que l'homme «n'a pas de nature, mais qu'il a — ou plutôt qu'il est — une histoire». C'est d'ailleurs là une des clés du texte qui met en lumière cette nécessité qu'éprouve tout être en devenir, de saisir sa propre histoire.

    Jean Hazel, qui signe la scénographie, a conçu une structure métallique, une sorte de paravent à glissière qui occupe l'espace central, sert d'écran de projection et offre simultanément aux interprètes d'occuper en image et en présence les deux lieux symboliques de jeu: le laboratoire et la cage. Micros, caméra vidéo, lampes, table mobile et chaise, l'ensemble est sobre, mobile, froid, à l'image du lien qui lie le Père-savant (Hugues Frenette) à sa créature. Éclairage et ambiance sonore épousent la même ligne, discrète, d'isolation. Christian Essiambre et Noémie O'Farrell campent tous deux l'enfant matière: le premier en est le prototype, la seconde, sa version modifiée susceptible de satisfaire la figure parentale.

    La beauté du texte, la gravité du propos, le talent de l'équipe de création et la qualité du dispositif scénique auraient normalement dû nous saisir et nous remuer. Force est de constater que la magie attendue n'opère pas tout à fait. Le ton adopté par Frenette, le martèlement du texte et l'accent relâché, à la limite de ce que plusieurs qualifieraient «d'accent-Vanier», faussent son registre et son indéniable talent d'interprète. Cela a pour conséquence la mise en doute du personnage et une sérieuse contradiction de tons, puisque l'enfant qui n'a d'autre source d'apprentissage que celle du père, trouve chez Essiambre — passé la maîtrise du langage — et plus tard chez O'Farrell, une diction et une élocution franchement plus posées et fidèles à la langue de Tremblay.

    Oeuvre-laboratoire, L'enfant matière, dans sa facture actuelle, relève de l'exploration. Il lui reste un pas à franchir pour que sa richesse symbolique se décloisonne.

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    Collaboratrice du Devoir












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