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    Théâtre - L'alphabet des commencements

    5 mars 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Lorraine Pintal signe la mise en scène, Jocaste reine, pièce présentée en première nord-américaine à la Bordée.<br />
    Photo: Nicola-Frank Vachon Lorraine Pintal signe la mise en scène, Jocaste reine, pièce présentée en première nord-américaine à la Bordée.
    Jocaste reine
    Texte: Nancy Huston. Mise en scène: Lorraine Pintal. Avec: Hugues Frenette, Maryse Lapierre, Marianne Marceau, Louise Marleau, Monique Mercure, Jean-Sébastien Ouellette, Hubert Proulx et Éric Robidoux. Coproduction avec le TNM. Au Théâtre de la Bordée, jusqu'au 24 mars.
    Québec — Le mythe d'Oedipe a servi d'inspiration aux tragédiens grecs et, dans sa traversée des siècles, au complexe freudien du même nom. Abandonné tôt après sa naissance, Oedipe fait la rencontre d'un oracle qui lui prédit qu'il tuera son père et épousera sa mère. Reléguée au second plan dans l'oeuvre de Sophocle et d'Euripide, Jocaste (mère et femme d'Oedipe) devient, sous la plume de Nancy Huston, un personnage de chair, de sang, de parole, une femme de désir, lucide, organique, vibrante, pleine de tous ses amours. Mise en scène par Lorraine Pintal et présentée en première nord-américaine à la Bordée, Jocaste reine a l'ampleur et le souffle des classiques, la vivacité et l'audace d'une oeuvre au temps présent.

    L'équilibre coeur/corps/esprit, indissociable de l'oeuvre de Huston, trouve son accomplissement au sein des interprétations de cette judicieuse distribution. Louise Marleau (Jocaste) et Jean-Sébastien Ouellette (Oedipe) passent sans heurt de la légèreté amoureuse à la gravité des êtres confrontés à l'inéluctable. Ce jeu complice, sobre et sincère, impose l'appel des corps et des coeurs; autant de qualités qu'on retrouve chez Marianne Marceau (Antigone) et Maryse Lapierre (Ismène).

    Par son langage, son pas, sa gestuelle, la légère inclinaison de son corps, de sa tête, Monique Mercure insuffle à Eudoxia, la servante-nounou-confidente, vigueur, dignité et tendresse des âges. Éric Robidoux (Polynice) et Hubert Proulx (Étéocle) incarnent ce silence dont ils sont les fils. Une poignante métaphore de la violence qui surgit chaque fois que la parole est abolie. Leur présence chorégraphiée, très près de la capoeira, est d'une grande efficacité.

    Réinventer le coryphée, en faire un analyste, un commentateur amusé, amusant, relève de l'inspiration. Un contrepoint qui enchante et que livre Hugues Frenette avec une aisance qui ravit. Chant des oublis, du rituel et du sacré, martèlements et cordes se faufilent en toute finesse sous la signature discrète (mais ô combien saisissante) de Claire Gignac.

    L'espace dépouillé, magnifique, conçu par Jean Hazel s'ouvre à tous les possibles. Les éclairages chauds sont à la fois fuyants et révélateurs. Les costumes, qui n'ont rien d'accessoire, se font langage et le passage du gris-blanc au noir, la texture des tissus en portent la trace.

    Jocaste dit vrai: toutes les histoires sont en nous. Cette production les porte dans tous les instants d'éternité qu'elle libère.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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