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    Théâtre - Un chant sur la ligne du temps

    25 février 2012 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Pour Iphigénie en auto, Maxime Robin, qui signe également la mise en scène, s’est inspiré des personnages de l’Orestie d’Eschyle. Il a su préserver ce qui les caractérise et compter sur des acteurs qui en ont saisi l’essence.<br />
    Photo: Gabriel Talbot Lachance Pour Iphigénie en auto, Maxime Robin, qui signe également la mise en scène, s’est inspiré des personnages de l’Orestie d’Eschyle. Il a su préserver ce qui les caractérise et compter sur des acteurs qui en ont saisi l’essence.
    Iphigénie en auto
    Texte et mise en scène: Maxime Robin. Avec: Marc Auger-Gosselin, Jeanne Gionet-Lavigne, Catherine Hugues, Joanie Lehoux, Nicolas Létourneau, Noémie O'Farrell, Lucien Ratio. Une production de la Vierge folle, présentée chez Premier Acte jusqu'au 10 mars.
    Québec — Un espace nu, quelques objets, des lumières discrètes, des corps et des voix, une enfant morte dans son siège d'auto, oubliée dans la course démente qui marque la vie contemporaine. Iphigénie en auto, de Maxime Robin, s'inscrit dans la nécessité de nous rappeler que la tragédie humaine n'est pas l'apanage de l'Antiquité, que le théâtre peut encore et toujours nous ramener à ce que nous sommes: fragiles, déroutés, à la fois unis et divisés, sans cesse en quête de réparation quand nous nous sentons abandonnés et trahis.

    Robin, qui signe également la mise en scène, s'est inspiré des personnages de l'Orestie d'Eschyle. Il a su préserver ce qui les caractérise et compter sur des acteurs qui en ont saisi l'essence. De la détresse de Clytemnestre (Catherine Hugues) au désir vengeur d'Oreste (Lucien Ratio), en passant par la fuite d'Agammemnon (Nicolas Létourneau), l'attachement d'Électre (Jeanne Gionet-Lavigne) pour son frère, la séduction d'Égysthe (Marc Auger-Gosselin), la prophétique Cassandre (Joanie Lehoux) et la fantomatique Iphigénie (Noémie O'Farrell), l'enfant morte, tous offrent une présence manifeste.

    Le défi pour les comédiens est réel, leur participation totale. C'est d'ailleurs là que réside une des grandes forces de la production, dans cette capacité qu'ils ont à s'abandonner au jeu, à soutenir leur personnage, à se glisser dans l'ombre des autres et à assurer (belle idée orchestrée par Luce Bélanger) la trame sonore. Les voix d'O'Farrell et de Ratio sont troublantes, les choeurs parlés et chantés, réussis.

    Iphigénie en auto n'est toutefois pas achevée. Solide dans ses aspects tragiques et ludiques, elle souffre chaque fois qu'elle glisse dans l'illustration. On songe ici à l'établissement du contexte familial d'avant-tragédie, à l'insistance sur les tableaux de l'enfance, à l'interprétation ardue, moins efficace que le passage à l'adolescence. La dérive finale vers la folie (celle de la mère autant que celle du fils) fait basculer le jeu vers le drame psychologique, ce qui affaiblit la symbolique et le tragique. De même, l'inscription des noms des personnages sur les costumes des comédiens, ou le changement des bas d'Égysthe, sont de petits détails qui n'ajoutent rien et font obstacle.

    Dans cette Iphigénie, le symbolique est essentiel. L'image finale d'Iphigénie en témoigne. Une oeuvre «au rouge», engagée, prometteuse, qui fait surgir l'ampleur d'un simple «je t'aime».

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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