Spectacle - Petit mal entre amis
À retenir
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Croire au mal
De Jérémie Niel. Avec Karina Champoux, Francis La Haye, Simon-Xavier Lefebvre et Jérémie Niel. Au Théâtre La Chapelle, jusqu'au 3 mars.
Par provoc', boutade et réelle conviction, je dis souvent que la danse est l'avenir du théâtre au Québec. Avec Croire au mal, Jérémie Niel pose une pièce du puzzle de cette pensée qui voit le corps comme moteur — du personnage, du drame, de la relation — du spectacle, avant, bien avant tout texte.
La sixième pièce de Jérémie Niel est un ovni, fait de danse sans gestuelle, de théâtre sans texte, de musiques, de personnages dont on ne saura à peu près rien, mais qu'on sent néanmoins entiers.
Côté cour, le salon comme il faut d'une petite famille pourtant étrange, puisque la mère est jouée par un homme (Francis La Haye, fort, à la limite de la caricature que son travestisme impose, toujours ramené par la sensibilité). Côté jardin, un espace onirique où les sons se déforment, où la violence intime, les failles et le vide qui bouffent les personnages se dévoilent, sans jamais se révéler.
Pour entrer dans ce monde glauque, étrange et inquiétant, Niel lance une ouverture en béton: un rock sale de We are Wolf fait gronder les sièges, doublé d'une poésie apocalyptique genre Noir Désir (Nous n'avons fait que fuir ou L'Europe), pendant que des polaroïds visuels allèchent sans rien donner.
La suite est un jeu de violences et de patience. Niel tisse la tension tableau par tableau et grain à grain, entre le code social et le dévoilement des noirceurs intimes de ses personnages, à grands coups de silence et de répétition sonore (insupportable Claude Dubois) ou gestuelle. Sur scène, des corps aux mouvements minimaux, aux cris muets, aux chutes répétées, tous contenus. On ne sait ce qui jouit ou ce qui souffre, ni pourquoi.
Les acteurs-danseurs ont tous la force de la sobriété. Les personnages oscillent entre l'automutilation, la séduction du bourreau, la victimisation et des scènes ordinaires, si ordinaires, de rencontres entre amis qui couvrent les gazouillis du bébé. Que le rôle de Zora soit tenu par Francis La Haye fait de l'insupportable et efficace scène d'agression une critique lapidaire de notre regard sur la violence. Il serait «plus normal» qu'une femme soit battue par un homme, alors qu'il semble étrange qu'un homme habillé en femme soit battu par un homme. Et pan dans l'oeil du spectateur.
Niel use d'une gestuelle hypersimple. Il tombe par moments, maladresse, dans des lignes convenues de «jolie danse» — portés, soudains équilibres, arabesques — qui le servent moins que la simplicité. Le metteur en scène excelle dans la composition d'ambiance. Il connaît les enjeux de la représentation et en joue. Il crée le malaise, use les nerfs du spectateur. L'équilibre est dangereux et Niel perd par moments l'attention du spectateur, mais la rattrape au détour.
L'enveloppe est impeccable, le Théâtre La Chapelle est là à son meilleur. L'éclairage signé Régis Guyonnet sait camoufler, blanchir ou enrober juste à point, magnifique. La bande-son de Jean-Sébastien Côté est formidable, cinématographique sans être démonstrative, rehaussée par une excellente mise en espace.
Restent au final, au spectateur qui accepte ce jeu de patience, une fascination et une insatisfaction. Croire au mal pêche peut-être par trop de mystère. Quelques pistes de plus données au spectateur aideraient. Peut-être l'ouverture est-elle si forte qu'on ne peut ensuite qu'espérer rencontrer à nouveau cette intensité. Chose certaine, Croire au mal est un vrai travail d'artiste, de forte qualité.
La sixième pièce de Jérémie Niel est un ovni, fait de danse sans gestuelle, de théâtre sans texte, de musiques, de personnages dont on ne saura à peu près rien, mais qu'on sent néanmoins entiers.
Côté cour, le salon comme il faut d'une petite famille pourtant étrange, puisque la mère est jouée par un homme (Francis La Haye, fort, à la limite de la caricature que son travestisme impose, toujours ramené par la sensibilité). Côté jardin, un espace onirique où les sons se déforment, où la violence intime, les failles et le vide qui bouffent les personnages se dévoilent, sans jamais se révéler.
Pour entrer dans ce monde glauque, étrange et inquiétant, Niel lance une ouverture en béton: un rock sale de We are Wolf fait gronder les sièges, doublé d'une poésie apocalyptique genre Noir Désir (Nous n'avons fait que fuir ou L'Europe), pendant que des polaroïds visuels allèchent sans rien donner.
La suite est un jeu de violences et de patience. Niel tisse la tension tableau par tableau et grain à grain, entre le code social et le dévoilement des noirceurs intimes de ses personnages, à grands coups de silence et de répétition sonore (insupportable Claude Dubois) ou gestuelle. Sur scène, des corps aux mouvements minimaux, aux cris muets, aux chutes répétées, tous contenus. On ne sait ce qui jouit ou ce qui souffre, ni pourquoi.
Les acteurs-danseurs ont tous la force de la sobriété. Les personnages oscillent entre l'automutilation, la séduction du bourreau, la victimisation et des scènes ordinaires, si ordinaires, de rencontres entre amis qui couvrent les gazouillis du bébé. Que le rôle de Zora soit tenu par Francis La Haye fait de l'insupportable et efficace scène d'agression une critique lapidaire de notre regard sur la violence. Il serait «plus normal» qu'une femme soit battue par un homme, alors qu'il semble étrange qu'un homme habillé en femme soit battu par un homme. Et pan dans l'oeil du spectateur.
Niel use d'une gestuelle hypersimple. Il tombe par moments, maladresse, dans des lignes convenues de «jolie danse» — portés, soudains équilibres, arabesques — qui le servent moins que la simplicité. Le metteur en scène excelle dans la composition d'ambiance. Il connaît les enjeux de la représentation et en joue. Il crée le malaise, use les nerfs du spectateur. L'équilibre est dangereux et Niel perd par moments l'attention du spectateur, mais la rattrape au détour.
L'enveloppe est impeccable, le Théâtre La Chapelle est là à son meilleur. L'éclairage signé Régis Guyonnet sait camoufler, blanchir ou enrober juste à point, magnifique. La bande-son de Jean-Sébastien Côté est formidable, cinématographique sans être démonstrative, rehaussée par une excellente mise en espace.
Restent au final, au spectateur qui accepte ce jeu de patience, une fascination et une insatisfaction. Croire au mal pêche peut-être par trop de mystère. Quelques pistes de plus données au spectateur aideraient. Peut-être l'ouverture est-elle si forte qu'on ne peut ensuite qu'espérer rencontrer à nouveau cette intensité. Chose certaine, Croire au mal est un vrai travail d'artiste, de forte qualité.
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