Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Théâtre Ducharme, «la jambe en l'air»

    Frédéric Dubois revisite Inès Pérée et Inat Tendu au Théâtre d'Aujourd'hui

    18 février 2012 | Michel Bélair | Théâtre
    Frédéric Dubois<br />
    Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir Frédéric Dubois
    Inès Pérée et Inat Tendu
    Texte de Réjean Ducharme mis en scène par Frédéric Dubois. Une production du TFT présentée au Théâtre d'Aujourd'hui du 21 février au 10 mars.
    On pourrait presque croire que Frédéric Dubois a développé avec les années la faculté d'être à plusieurs endroits en même temps. Mi-trentaine, directeur et metteur en scène attitré du Théâtre des Fonds de tiroir (TFT), directeur artistique du Périscope, conseiller artistique du Carrefour international de théâtre — on lui doit entre autres le pilotage du remarquable Où tu vas quand tu dors en marchant? — et professeur dans plusieurs écoles de théâtre de la région de Montréal, il incarne facilement l'idée que l'on se fait du mouvement perpétuel.

    Fidèle à lui-même, Dubois a déjà commencé à travailler sur un «gros projet» pour la saison prochaine qui implique le TFT, le Périscope et une salle montréalaise que nous ne nommerons pas puisqu'il préfère ne pas annoncer lui-même la chose. Et, bien sûr, il est à Montréal ces jours-ci avec Inès Pérée et Inat Tendu de Réjean Ducharme, qui prend l'affiche du Théâtre d'Aujourd'hui. Le metteur en scène nous raconte comment il a abordé cette oeuvre phare en misant, comme il le fait toujours, sur la création et la marginalité.

    Une langue immense

    «Ducharme, c'est le refus d'abord. La révolte. Une sorte de "non!" devant toutes les formes de non-authenticité. C'est aussi la volonté d'être unique, de s'affirmer et de dénoncer. Ses personnages portent l'indignation et semblent n'être là que pour la brandir à la face de ceux qui ont abandonné. C'est ce qui fait de Ducharme un auteur extrêmement actuel, en phase avec tout ce qui se passe aujourd'hui. C'est également ce qui explique notre affiche du spectacle qui représente un immense doigt d'honneur...», dit-il aussi en souriant.

    Dans le hall déserté du Théâtre d'Aujourd'hui en ce début de matinée, la voix de Frédéric Dubois résonne sans compromis. Il parle du mouvement des indignés soutenu à travers la planète par des jeunes qui en ont ras le bol. Il parle de ces jeunes que nous avons tous été aussi. De ce moment de la vie où l'on est en recherche constante et où l'on exige des gens qu'ils nous prennent comme nous sommes, pour ce que nous sommes. Comme les personnages de Ducharme... Inès Pérée et Inat Tendu sont des êtres jeunes, presque des enfants, en quête d'authenticité. Ils ne savent au départ poser que des gestes de révolte devant ceux qui ont abdiqué.

    «Cela s'incarne très concrètement dans la langue de Ducharme, poursuit Frédéric Dubois. Inès et Inat portent une langue immense, à plusieurs paliers; une langue d'abord littéraire, poétique, mais aussi très dense. J'ai mis beaucoup d'énergie et de temps à faire en sorte que toutes les ficelles du texte soient bien attachées, que tout coule de source et devienne limpide. Que l'on sente bien la ligne de fond du spectacle qui s'appuie sur la langue. Que les répliques fassent entendre toutes ces ruptures, toutes ces collisions entre ceux qui sont authentiques et les autres, ceux qui ne le sont pas. Ceux qui se définissent d'abord par leur fonction, leur uniforme; bref, par ce qu'ils font. Les adultes, quoi...»

    À travers la discussion qui s'ensuit, Dubois avancera sur deux voies parallèles en parlant tout autant du luxe de répéter deux fois la même production — en comptant les heures de répétition avant la création à Québec en 2010, Dubois aura travaillé plus de 200 heures avec ses comédiens! — que de la lecture politique de la pièce de Ducharme. À force de creuser le texte pour intégrer les deux nouveaux comédiens de la production — Anne-Élisabeth Bossé et Miro Lacasse —, le metteur en scène affirme que Ducharme fait allusion au Québec à travers le personnage d'Isalaide...

    Mécanismes de l'enfance

    «C'est un personnage qui est né à la mauvaise époque, dans les années 1950. Un personnage qui aurait voulu être libre, mais qui a reculé devant l'ampleur de la quête. Quand Inès Pérée et Inat Tendu la rencontrent, cela donne lieu à un choc des générations; du haut de son individualisme branché, Isalaide n'arrive plus à comprendre le discours d'affirmation porté par la quête de l'absolu. Et il y a surtout qu'on ne redevient pas ado à 50 ans...»

    Frédéric Dubois rappelle que tout devient également plus difficile pour les deux héros à mesure que la pièce avance. «Au troisième acte, la poésie et la fantaisie ne caractérisent plus le langage d'Inès et d'Inat. Autour d'eux, c'est au plus fort la poche, comme dans la vraie vie, et finalement les êtres en désarroi qui les entourent vont de plus en plus marquer leur destin. Au bout du compte, il y a ceux qui continuent à avancer et ceux qui s'effondrent.»

    Ducharme n'est pas léger et ne regarde pas tellement aux détails, on le sait. Pourtant, Dubois explique que le dramaturge donne dans son texte des indications aussi étonnantes que précises. «Sa description des décors est souvent très claire et ses didascalies, des oeuvres d'art! Un peu partout, il ouvre des parenthèses pour noter un comportement: "(ah oui, elle est fière!)". Il dira, par exemple, qu'il faut jouer tout cela "la jambe en l'air"; un peu comme si on prenait une bière avec des chums... Et c'est très juste, je m'en suis rendu compte encore une fois en reprenant les répétitions pour la série de représentations à Montréal avec les deux nouveaux comédiens. Il ne faut pas essayer de comprendre les élans ludiques et sans demi-mesure qui font s'agiter les personnages. Ce sont des enfants qui passent d'un extrême à l'autre, sans raison. Et oui, quand on s'inspire des mécanismes de l'enfance et que l'on joue cela "la jambe en l'air", on devient moins cérébral, plus nuancé.»

    Dubois dira même que l'on en arrive à voir et à sentir le texte se transformer. Au début, les deux héros ne veulent surtout pas séduire qui que ce soit: il faut au contraire qu'on les prenne tels qu'ils sont. Puis, peu à peu, les choses changent et se défont jusqu'au moment où, à la fin, Inès et Inat prennent conscience qu'il est trop tard, alors que, tout au long, «ils s'avaient» pourtant...

    Cette nouvelle version d'Inès Pérée et Inat Tendu n'est en quelque sorte que la pointe de l'iceberg puisque Frédéric Dubois et son TFT sont en résidence au Théâtre d'Aujourd'hui pour une période de deux ans. Vous voulez parier qu'on les reverra bientôt?
    Frédéric Dubois<br />
Le metteur en scène Frédéric Dubois<br />
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel