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Théâtre - Confession d'un crime par omission

Jacqueline Bouchard   9 février 2012  Théâtre

À retenir

    LA LISTE
    Texte: Jennifer Tremblay. Mise en scène: Marie-Thérèse Fortin. Avec Sylvie Drapeau. Présenté au théâtre Périscope (Québec) du 7 au 25 février.
Dans sa maison au fond du rang, entre une brassée de lavage et ses rejetons turbulents, une femme au comportement compulsif fait son autocritique, l'air hagard et les yeux rougis. Elle revit les événements qui ont précédé la mort de Caroline, sa voisine dont elle a déprécié l'amitié et les besoins. Une voisine trop différente, trop simple: son désordre heureux l'horrifiait et, surtout, son bonheur généreux dans son rôle de mère était insupportable.

Cette perfectionniste maladive, cérébrale hyperactive, a quitté son urbanité pour un village dont elle dédaigne les habitants, espérant resserrer son couple dans cet exil. Elle veut tout contrôler, dans les moindres détails, et pour ce faire elle dresse des listes interminables et souvent superflues de tâches à accomplir. Ces colonnes de mots composent un journal intime où elle évacue son stress et se ferme au monde.

Le décor (Jasmine Catudal) est plat comme une vie plate: une manière de clôture, de mur à l'ancienne percé de trois portes; trois chaises droites, une berceuse et une table posées devant, sur un plancher aux larges tuiles monotones. Cela fait campagne, et presque gai lorsqu'ensoleillé par les éclairages sensibles de Claude Cournoyer. Il y a même un arbre, derrière, dans ce que l'on sait être un paysage rural.

Peu importe. La femme qui vit là ne voit rien. Étrange et terne dans sa robe hors d'âge (Isabelle Larivière), elle est agitée et perturbée. À travers son monologue, on ne comprend de ses enfants que leur dissipation, et de son mari que la distance. Malheureuse mais pas sympathique pour autant.

Sa confession dérange le silence. On cherche d'abord le sens de ce ton, de ces phrases à la fois hésitantes et trop bien articulées. Puis le caractère se révèle, prend sa place à travers l'espace et les gestes qui reconstruisent, dans la mise en scène de Marie-Thérèse Fortin, cette histoire d'aveuglement et d'intolérance par rapport à sa propre vie et à celle des autres.

À pas comptés, avec si peu en main, quelques pommes et des bacs étiquetés au contenu méticuleusement rangé... mais avec une telle maîtrise de la parole! Parole livrée tout en modulations, dans une effrayante montée dramatique et une déflagration de désespoir: Sylvie Drapeau nous gifle et nous rentre dans la gorge le texte éblouissant de Jennifer Tremblay. Ouvrez vos yeux! Regardez autour de vous! Et jetez au diable tous ces gourous de la croissance personnelle et de la gestion des objets avec leurs recettes... et leurs listes trop méthodiques.

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