Théâtre - Solitude intérieure
À retenir
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Musique pour Rainer Maria Rilke
Texte: Sébastien Harrison. Mise en scène: Martin Faucher. Une production du Théâtre Bluff, au théâtre Denise-Pelletier jusqu'au 10 février.
«Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir.»
Ainsi s'exprime Rainer Maria Rilke dans ses fameuses Lettres à un jeune poète, adressées à son jeune correspondant Franz Kappus. Sébastien Harrison fait de cette phrase le pivot dramatique de sa nouvelle pièce, Musique pour Rainer Maria Rilke. Plonger dans la solitude pour aller au bout de ses questionnements existentiels et vivre en accord total avec soi-même: voilà un comportement que la vie adulte, si pragmatique et si contraignante, ne nous permet guère. Mais quand ce conseil tombe sous les yeux d'un adolescent renfrogné, il se produit un véritable déclic.
S'inspirant vaguement de sa propre découverte des lettres de Rilke alors qu'il était jeune adulte, Harrison propose une fable initiatique dans laquelle Nathan, un jeune garçon transporté par les mots du poète, trouve soudain le courage de partir à la recherche d'un père qu'il croyait mort.
C'est une sorte de courtepointe emmêlant les paroles de Rilke (Albert Millaire), de Kappus (Eric Paulhus), de Nathan (Maxime Carbonneau) et de sa mère (Macha Limonchik), où intervient aussi Éléonore (Sophie Desmarais), une jeune fille qui en pince pour le mystérieux Nathan. Comme dans tout bon récit d'apprentissage, le jeune homme traversera une série d'obstacles le menant à la découverte d'une vérité dérangeante à propos de son père, après quoi il percevra autrement l'héritage filial. Structure très classique. Peut-être trop. Absolument sans surprises.
N'empêche, s'il avait été raconté d'une plume plus vigoureuse, ce parcours aurait été captivant. Or, Harrisson ne trouve pas l'équilibre entre les passages empruntés aux lettres de Rilke et la fable qu'il a inventée, ni ne se montre particulièrement habile à tisser un dialogue entre les époques. Les interactions manquent de profondeur, créant une oeuvre didactique dont l'enchaînement s'avère laborieux. Est-ce dû à l'interprétation trop lisse d'Albert Millaire, qui compose un Rilke dépourvu de personnalité, aussi inerte qu'une statue de marbre? Ou est-ce la mise en scène de Martin Faucher, dont la mise en espace est efficace mais convenue, la scène étant banalement divisée en trois espaces-temps qui ne se rencontrent et ne s'animent guère. Faucher est pourtant brillant lorsqu'il s'attaque à des dramaturgies plus corsées, comme on a pu le voir cet automne dans Blanche Neige, d'Elfriede Jelinek, à Espace Go.
Mais comme le dit Rilke, «les oeuvres d'art sont d'une infinie solitude; rien n'est pire que la critique pour les aborder. Seul l'amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles.» D'autres que moi sauront sans doute faire preuve de cet indéfectible amour.
***
Collaborateur du Devoir
Ainsi s'exprime Rainer Maria Rilke dans ses fameuses Lettres à un jeune poète, adressées à son jeune correspondant Franz Kappus. Sébastien Harrison fait de cette phrase le pivot dramatique de sa nouvelle pièce, Musique pour Rainer Maria Rilke. Plonger dans la solitude pour aller au bout de ses questionnements existentiels et vivre en accord total avec soi-même: voilà un comportement que la vie adulte, si pragmatique et si contraignante, ne nous permet guère. Mais quand ce conseil tombe sous les yeux d'un adolescent renfrogné, il se produit un véritable déclic.
S'inspirant vaguement de sa propre découverte des lettres de Rilke alors qu'il était jeune adulte, Harrison propose une fable initiatique dans laquelle Nathan, un jeune garçon transporté par les mots du poète, trouve soudain le courage de partir à la recherche d'un père qu'il croyait mort.
C'est une sorte de courtepointe emmêlant les paroles de Rilke (Albert Millaire), de Kappus (Eric Paulhus), de Nathan (Maxime Carbonneau) et de sa mère (Macha Limonchik), où intervient aussi Éléonore (Sophie Desmarais), une jeune fille qui en pince pour le mystérieux Nathan. Comme dans tout bon récit d'apprentissage, le jeune homme traversera une série d'obstacles le menant à la découverte d'une vérité dérangeante à propos de son père, après quoi il percevra autrement l'héritage filial. Structure très classique. Peut-être trop. Absolument sans surprises.
N'empêche, s'il avait été raconté d'une plume plus vigoureuse, ce parcours aurait été captivant. Or, Harrisson ne trouve pas l'équilibre entre les passages empruntés aux lettres de Rilke et la fable qu'il a inventée, ni ne se montre particulièrement habile à tisser un dialogue entre les époques. Les interactions manquent de profondeur, créant une oeuvre didactique dont l'enchaînement s'avère laborieux. Est-ce dû à l'interprétation trop lisse d'Albert Millaire, qui compose un Rilke dépourvu de personnalité, aussi inerte qu'une statue de marbre? Ou est-ce la mise en scène de Martin Faucher, dont la mise en espace est efficace mais convenue, la scène étant banalement divisée en trois espaces-temps qui ne se rencontrent et ne s'animent guère. Faucher est pourtant brillant lorsqu'il s'attaque à des dramaturgies plus corsées, comme on a pu le voir cet automne dans Blanche Neige, d'Elfriede Jelinek, à Espace Go.
Mais comme le dit Rilke, «les oeuvres d'art sont d'une infinie solitude; rien n'est pire que la critique pour les aborder. Seul l'amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles.» D'autres que moi sauront sans doute faire preuve de cet indéfectible amour.
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