Théâtre pour jeunes publics - En pays étranger
Après Glouglou, le Théâtre de Quartier propose un nouveau spectacle pour les bébés: Le nid vide
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir
Lise Gionet et Louis-Dominique Lavigne sur le plateau de Le nid vide
À retenir
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Le nid vide
Un spectacle pour les bébés dès 2 ans, conçu par Lise Gionet, Louis-Dominique Lavigne et Monique Rioux. Une production du Théâtre de Quartier présentée à la salle Jean-Claude-Germain en représentations scolaires du 12 au 16 puis du 19 au 23 décembre; pour le grand public du 27 au 30 décembre à 11h et 15h.
Louis-Dominique Lavigne et Louise Gionet aiment les défis. Depuis 35 ans qu'ils animent leur petite compagnie, le Théâtre de Quartier, ils ont proposé déjà plus d'une dizaine de spectacles pour les jeunes publics. Puis voilà qu'en 2004, ils mettaient le pied avec Glouglou dans un monde étrange, une sorte de Terra incognita: le théâtre pour bébés.
Nous les avons rencontrés en plein travail dans un local de répétition de l'est de la ville où ils mettent la dernière main au Nid vide, un spectacle pour les bébés à compter de 2 ans, qui sera créé le 15 décembre à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui.
Sans mots
Lavigne raconte d'abord que c'est le goût d'explorer «un autre monde» qui les a menés là. «Pour moi, aborder le monde des bébés au théâtre, c'est un peu mettre le pied dans un pays étranger. C'est du véritable théâtre expérimental!»
Pourtant, c'est un territoire que Louis-Dominique Lavigne connaît puisqu'il a reçu le Prix littéraire du Gouverneur général en 1992 pour Les petits orteils, un texte magnifique s'adressant aux enfants de 3 ans que l'on vient de revoir avec plaisir dans une nouvelle mise en scène en début de saison. Le dramaturge explique que la barrière des moins de 3 ans est énorme à franchir et que, finalement, plus le public visé est jeune, plus il est étranger...
«Comment rejoint-on les bébés au théâtre? Comment les toucher avec un spectacle? Comment leur raconter des choses? Avec Glouglou, c'est un territoire que l'on a déjà touché, oui; mais Lise et moi, on avait le goût d'aller plus loin encore et de ne pas utiliser les mots cette fois-ci. D'écrire un spectacle sans mots...»
Rappelons brièvement, pour ceux qui tomberaient des nues en entendant parler pour la première fois d'un théâtre s'adressant aux bébés, que la pratique existe depuis presque une vingtaine d'années en Europe. C'est en couvrant quelques festivals là-bas que Le Devoir a pu rendre compte de véritables petits chefs-d'oeuvre dont certains ont pris l'affiche du festival Petits bonheurs et de la Maison Théâtre par la suite. Les spectacles pour bébés les plus célèbres font presque tous appel à la musique «contemporaine», aux arts visuels, aux objets, aux couleurs et au mouvement. S'il est en pleine explosion en Europe, ici, au Québec, le théâtre pour bébés balbutie depuis la création de Glouglou et de quelques très rares spectacles, dont le Marguerite de Jasmine Dubé. Heureusement, des «plus jeunes, plus fous» poussent à l'horizon et l'avenir s'annonce encourageant puisque L'édredon, un spectacle pour les bébés d'un an monté par une jeune compagnie de Québec, prendra l'affiche à Méli'môme en mars. Le nid vide est, dans ce contexte, attendu avec impatience, on l'aura deviné. Fin de l'aparté.
Pendant que Lavigne termine son énumération de questions — «Comment toucher les bébés au théâtre? Comment raconter quoi?» —, Louise Gionet, qui a signé la mise en scène de Glouglou comme celle du Nid vide, enchaîne en parlant d'état de recherche et de «quête extrêmement stimulante»! Elle explique que le spectacle est issu de plusieurs expériences, que la comédienne Monique Rioux, une vieille complice, s'est jointe assez tôt à l'équipe. Qu'ensemble, avec les concepteurs aussi, ils ont élaboré et exploré plusieurs scénarios... avant de les laisser tomber et de tout recommencer: «Il ne fallait pas être didactique. Ni explicatif: ça sonnait faux. Les tout-petits peuvent être intransigeants. C'est un public sans code: ils ne laissent rien passer. Ils nous mettent à nu!»
Ils sont alors revenus à l'essentiel en investissant d'abord dans le théâtre et dans l'émotion. En tout et pour tout, le Théâtre de Quartier aura travaillé plus de trois ans à sa nouvelle production bébé. Et Gionet et Lavigne sont unanimes: c'est à partir du moment où l'équipe a fait confiance au non-verbal et à la musique que le spectacle a peu à peu pris sa forme.
Table rase
Ils ont affiné leur proposition. Leur scénarisation du spectacle est devenue de plus en plus abstraite, allant vers l'essentiel. Pas de mots, pas de récit. Un enchaînement d'actions plutôt, découlant l'une de l'autre.
La metteure en scène soulignera encore que c'est dans les corps qui bougent que l'émotion se trouve, «en lien avec la dynamique dans laquelle travaillent les chorégraphes: tout se passe en même temps, dans l'ici et maintenant, et dans l'écoute». Lavigne, lui, emploie les mots «théâtre expérimental» et «radicalisme» pour expliquer l'ampleur de leurs remises en question. Bref, on le sent bien, ils ont fait table rase, ils ont beaucoup réfléchi, essayé beaucoup d'approches, développé de nouveaux langages... et plongé.
«Nous faisons beaucoup con-fiance aux objets, reprend Louis-Dominique Lavigne. C'est un ancrage qui permet aux petits de s'identifier puisqu'il n'y a pas de personnage d'enfant dans cette pièce qui parle de l'enfance et des expériences que vivent les tout jeunes. Pour nous, c'est un territoire inconnu, un champ exploratoire fascinant, je le répète. On a élaboré toutes sortes d'hypothèses et d'explications possibles... mais personne ne sait objectivement ce qui se passe là. Je peux toutefois vous certifier qu'il se passe quelque chose d'intense et d'important.»
Au cours des derniers mois, l'équipe du Théâtre de Quartier a planté son spectacle dans quelques CPE, garderies et maternelles pour mesurer la réaction des tout-petits à leur proposition. Lavigne et Gionet ont glané là des enseignements fort utiles. L'expérience leur a permis d'affiner ce qu'ils appellent leur «couleur», «la couleur Théâtre de Quartier». «Une couleur qui repose sur le jeu intérieur, dit le comédien-dramaturge. Dans laquelle aussi on se permet de faire alterner poésie et réalisme et qui permet d'aborder, comme dans tout ce qu'on fait, le thème du temps qui passe... même si ici ça se passe à une tout autre échelle.»
Il ne vous reste plus qu'à vous déguiser en animatrice de garderie pour les représentations scolaires ou, plus simple encore, à vous trouver un bébé à emprunter pour les spectacles du temps des Fêtes présentés encore cette année au Théâtre d'Aujourd'hui...
Nous les avons rencontrés en plein travail dans un local de répétition de l'est de la ville où ils mettent la dernière main au Nid vide, un spectacle pour les bébés à compter de 2 ans, qui sera créé le 15 décembre à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui.
Sans mots
Lavigne raconte d'abord que c'est le goût d'explorer «un autre monde» qui les a menés là. «Pour moi, aborder le monde des bébés au théâtre, c'est un peu mettre le pied dans un pays étranger. C'est du véritable théâtre expérimental!»
Pourtant, c'est un territoire que Louis-Dominique Lavigne connaît puisqu'il a reçu le Prix littéraire du Gouverneur général en 1992 pour Les petits orteils, un texte magnifique s'adressant aux enfants de 3 ans que l'on vient de revoir avec plaisir dans une nouvelle mise en scène en début de saison. Le dramaturge explique que la barrière des moins de 3 ans est énorme à franchir et que, finalement, plus le public visé est jeune, plus il est étranger...
«Comment rejoint-on les bébés au théâtre? Comment les toucher avec un spectacle? Comment leur raconter des choses? Avec Glouglou, c'est un territoire que l'on a déjà touché, oui; mais Lise et moi, on avait le goût d'aller plus loin encore et de ne pas utiliser les mots cette fois-ci. D'écrire un spectacle sans mots...»
Rappelons brièvement, pour ceux qui tomberaient des nues en entendant parler pour la première fois d'un théâtre s'adressant aux bébés, que la pratique existe depuis presque une vingtaine d'années en Europe. C'est en couvrant quelques festivals là-bas que Le Devoir a pu rendre compte de véritables petits chefs-d'oeuvre dont certains ont pris l'affiche du festival Petits bonheurs et de la Maison Théâtre par la suite. Les spectacles pour bébés les plus célèbres font presque tous appel à la musique «contemporaine», aux arts visuels, aux objets, aux couleurs et au mouvement. S'il est en pleine explosion en Europe, ici, au Québec, le théâtre pour bébés balbutie depuis la création de Glouglou et de quelques très rares spectacles, dont le Marguerite de Jasmine Dubé. Heureusement, des «plus jeunes, plus fous» poussent à l'horizon et l'avenir s'annonce encourageant puisque L'édredon, un spectacle pour les bébés d'un an monté par une jeune compagnie de Québec, prendra l'affiche à Méli'môme en mars. Le nid vide est, dans ce contexte, attendu avec impatience, on l'aura deviné. Fin de l'aparté.
Pendant que Lavigne termine son énumération de questions — «Comment toucher les bébés au théâtre? Comment raconter quoi?» —, Louise Gionet, qui a signé la mise en scène de Glouglou comme celle du Nid vide, enchaîne en parlant d'état de recherche et de «quête extrêmement stimulante»! Elle explique que le spectacle est issu de plusieurs expériences, que la comédienne Monique Rioux, une vieille complice, s'est jointe assez tôt à l'équipe. Qu'ensemble, avec les concepteurs aussi, ils ont élaboré et exploré plusieurs scénarios... avant de les laisser tomber et de tout recommencer: «Il ne fallait pas être didactique. Ni explicatif: ça sonnait faux. Les tout-petits peuvent être intransigeants. C'est un public sans code: ils ne laissent rien passer. Ils nous mettent à nu!»
Ils sont alors revenus à l'essentiel en investissant d'abord dans le théâtre et dans l'émotion. En tout et pour tout, le Théâtre de Quartier aura travaillé plus de trois ans à sa nouvelle production bébé. Et Gionet et Lavigne sont unanimes: c'est à partir du moment où l'équipe a fait confiance au non-verbal et à la musique que le spectacle a peu à peu pris sa forme.
Table rase
Ils ont affiné leur proposition. Leur scénarisation du spectacle est devenue de plus en plus abstraite, allant vers l'essentiel. Pas de mots, pas de récit. Un enchaînement d'actions plutôt, découlant l'une de l'autre.
La metteure en scène soulignera encore que c'est dans les corps qui bougent que l'émotion se trouve, «en lien avec la dynamique dans laquelle travaillent les chorégraphes: tout se passe en même temps, dans l'ici et maintenant, et dans l'écoute». Lavigne, lui, emploie les mots «théâtre expérimental» et «radicalisme» pour expliquer l'ampleur de leurs remises en question. Bref, on le sent bien, ils ont fait table rase, ils ont beaucoup réfléchi, essayé beaucoup d'approches, développé de nouveaux langages... et plongé.
«Nous faisons beaucoup con-fiance aux objets, reprend Louis-Dominique Lavigne. C'est un ancrage qui permet aux petits de s'identifier puisqu'il n'y a pas de personnage d'enfant dans cette pièce qui parle de l'enfance et des expériences que vivent les tout jeunes. Pour nous, c'est un territoire inconnu, un champ exploratoire fascinant, je le répète. On a élaboré toutes sortes d'hypothèses et d'explications possibles... mais personne ne sait objectivement ce qui se passe là. Je peux toutefois vous certifier qu'il se passe quelque chose d'intense et d'important.»
Au cours des derniers mois, l'équipe du Théâtre de Quartier a planté son spectacle dans quelques CPE, garderies et maternelles pour mesurer la réaction des tout-petits à leur proposition. Lavigne et Gionet ont glané là des enseignements fort utiles. L'expérience leur a permis d'affiner ce qu'ils appellent leur «couleur», «la couleur Théâtre de Quartier». «Une couleur qui repose sur le jeu intérieur, dit le comédien-dramaturge. Dans laquelle aussi on se permet de faire alterner poésie et réalisme et qui permet d'aborder, comme dans tout ce qu'on fait, le thème du temps qui passe... même si ici ça se passe à une tout autre échelle.»
Il ne vous reste plus qu'à vous déguiser en animatrice de garderie pour les représentations scolaires ou, plus simple encore, à vous trouver un bébé à emprunter pour les spectacles du temps des Fêtes présentés encore cette année au Théâtre d'Aujourd'hui...
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