Théâtre - La logique du chaos
Photo : Source: Yves Renaud
Marc Béland et Anne-Marie Cadieux dans Ha Ha!..., de Réjean Ducharme, au TNM
À retenir
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Ha Ha!...
De Réjean Ducharme. Mise en scène de Dominic Champagne. Au Théâtre du Nouveau Monde jusqu'au 10 décembre.
Par essence, l'écriture de Réjean Ducharme est incontrôlable. Protéiforme, baroque, prenant par moments plaisir à s'assagir pour ensuite transgresser ses propres règles. Au théâtre, il peut être tentant pour un metteur en scène d'apprivoiser cette écriture vertigineuse en la faisant pencher plus fort d'un côté que de l'autre, en la canalisant vers une direction précise, pour ne pas se perdre. Ce serait une attitude fort défendable, qui n'aurait rien d'une trahison, tant les possibilités de lecture sont grandes et tant il serait vain de vouloir tout embrasser d'un coup.
Pourtant, Dominic Champagne fait exactement le contraire dans son exaltante mise en scène de Ha Ha!... Et le désordre, finement contrôlé, s'y révèle éclairant et libérateur. À tel point que la cruauté, le cynisme et le désespoir portés par cette pièce, s'ils sont crûment montrés du doigt, ne noircissent pas complètement le portrait. De ce spectacle agité et décomplexé se dégagent une insatiable soif de liberté, un grisant anticonformisme et une saine et hurlante révolte.
C'est le chaos, donc. Ce n'est pas propre. Parfois proche du burlesque, la pièce n'en a toutefois pas le rythme et semble affranchie de toutes contraintes d'espace et de temps. Dans un décor compartimenté qui révèle progressivement de nouveaux espaces et de nouveaux encombrements, les quatre personnages jouent à se dominer l'un l'autre, jusqu'à anéantir la vulnérable Mimi (Sophie Cadieux), qui n'a pas les nerfs assez solides pour évoluer dans un univers aussi défoulatoire.
Bernard (Marc Béland), Roger (François Papineau) et Sophie (Anne-Marie Cadieux) sont de grands enfants qui refusent le conformisme du monde adulte, on le sait. Leur regard sur le monde est pourtant mature et clairvoyant, mais ne trouve pas sa place dans une société trop aseptisée. C'est dans le désordre, le jeu et l'agitation qu'ils arrivent à l'exprimer. La mise en scène de Dominic Champagne, parce qu'elle orchestre des corps décoincés et des voix libérées dans un espace graduellement décloisonné, souligne ce que les colères et les délassements de ces personnages ont de plus lumineux. De leur désespoir émanent la liberté et la résistance, lesquelles s'avèrent plus fortes que le narcissisme, l'alcoolisme ou l'hystérie. Même pour la pauvre Mimi, qui continue à chercher dans l'amour une forme de délivrance.
Cette lecture de la pièce, du moins, me semble adéquate à notre époque, alors que nous traversons discrètement mais sûrement une nouvelle remise en question des grands modèles politiques et économiques. En proposant une telle anarchie scénique, ancrée dans une criarde mais savoureuse esthétique soixante-huitarde, Champagne nous invite à la révolte et à la résistance. Du beau travail, porté par une distribution férocement engagée.
***
Collaborateur du Devoir
Pourtant, Dominic Champagne fait exactement le contraire dans son exaltante mise en scène de Ha Ha!... Et le désordre, finement contrôlé, s'y révèle éclairant et libérateur. À tel point que la cruauté, le cynisme et le désespoir portés par cette pièce, s'ils sont crûment montrés du doigt, ne noircissent pas complètement le portrait. De ce spectacle agité et décomplexé se dégagent une insatiable soif de liberté, un grisant anticonformisme et une saine et hurlante révolte.
C'est le chaos, donc. Ce n'est pas propre. Parfois proche du burlesque, la pièce n'en a toutefois pas le rythme et semble affranchie de toutes contraintes d'espace et de temps. Dans un décor compartimenté qui révèle progressivement de nouveaux espaces et de nouveaux encombrements, les quatre personnages jouent à se dominer l'un l'autre, jusqu'à anéantir la vulnérable Mimi (Sophie Cadieux), qui n'a pas les nerfs assez solides pour évoluer dans un univers aussi défoulatoire.
Bernard (Marc Béland), Roger (François Papineau) et Sophie (Anne-Marie Cadieux) sont de grands enfants qui refusent le conformisme du monde adulte, on le sait. Leur regard sur le monde est pourtant mature et clairvoyant, mais ne trouve pas sa place dans une société trop aseptisée. C'est dans le désordre, le jeu et l'agitation qu'ils arrivent à l'exprimer. La mise en scène de Dominic Champagne, parce qu'elle orchestre des corps décoincés et des voix libérées dans un espace graduellement décloisonné, souligne ce que les colères et les délassements de ces personnages ont de plus lumineux. De leur désespoir émanent la liberté et la résistance, lesquelles s'avèrent plus fortes que le narcissisme, l'alcoolisme ou l'hystérie. Même pour la pauvre Mimi, qui continue à chercher dans l'amour une forme de délivrance.
Cette lecture de la pièce, du moins, me semble adéquate à notre époque, alors que nous traversons discrètement mais sûrement une nouvelle remise en question des grands modèles politiques et économiques. En proposant une telle anarchie scénique, ancrée dans une criarde mais savoureuse esthétique soixante-huitarde, Champagne nous invite à la révolte et à la résistance. Du beau travail, porté par une distribution férocement engagée.
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