Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Théâtre - Sur la ligne de front

    17 novembre 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    L'absence de guerre

    Texte: David Hare. Traduction: Daniel Benoin. Mise en scène: Édith Patenaude. Avec: Normand Bissonnette, Jean-Michel Déry, Vincent Champoux, Israël Gamache, Laurie-Ève Gagnon, Joanie Lehoux, Marie-Hélène Lalande, Catherine Hugues, Jessica Ruel-Thériault, Jean-René Moisan, Marc Auger, Claudiane Ruelland, Gabriel Fournier. Une production des Écornifleuses, présentée à Premier Acte jusqu'au 26 novembre.
    Les Écornifleuses envahissent Premier Acte avec L'absence de guerre, de David Hare, un drame percutant qui lève le voile sur les coulisses du monde politique, le pouvoir, la direction des troupes, l'image publique et le déchirement (pour ne pas dire le «déchiquetage») au sein de la gauche. Un grand texte, un univers frénétique, des enjeux actuels, des interprétations marquantes, calibrées, vives, des déplacements réglés au quart de tour, une production magnifiquement orchestrée par Édith Patenaude, qui s'impose ici comme une metteure en scène à surveiller de près dans les années à venir.

    À l'heure où la cassette électoraliste tourne en boucle, où les déclarations des politiques ont des allures d'infopubs, où les guerres partisanes semblent relever du «mon parti (mon père, mon chef) est plus fort que le tien». L'absence de guerre joue sur tous les fronts, et nous rappelle à quel point le théâtre et ses acteurs sont des forces agissantes sur le terrain.

    Joies, grandes joies (!) de voir l'espace se transformer en territoire occupé et une jeune troupe, avec si peu de moyens, repousser les limites du possible: de la recréation du jour du Souvenir à l'assemblée parlementaire, du bureau des instances stratégiques au studio télé, des lieux publics à l'intimité du loft, tout est là par la seule manipulation de quelques meubles, accessoires, sous un éclairage simple et efficace. L'ambiance sonore va de la cacophonie des présences humaines à la traversée de phrasés musicaux discrets, mesurés. La caméra à l'épaule vise juste. Le secret est désarmant: Patenaude a misé sur un texte incisif, une distribution de talent, et c'est réussi.

    Les Normand Bissonnette (George), Jean-Michel Déry (Oliver) et Israël Gamache (Andrew) livrent une prestation de haut niveau. Ils ont le souffle, la posture, l'essentielle complicité; ils sont nuancés, touchants, généreux. C'est dans cette précieuse foulée que Marie-Hélène Lalande se situe; sa Jane est forte, campée, résolue. Impossible ici de relever dans le détail le jeu du reste de la distribution, il faut souligner que tous, n'en doutons pas, contribuent à cette solide et incontournable Absence de guerre.

    Fermez la télé, délaissez le flou et le mou politiques actuels, réservez vos billets, envahissez vous aussi Premier Acte, tous les soirs, sans exception, jusqu'à ce que L'absence de guerre nous revienne en saison prochaine. C'est ce qu'on se souhaite. C'est ce qu'on souhaite aux Écornifleuses.

    ***

    Collaboratrice du Devoir













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.