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    Théâtre - D'hier à demain: Médée

    9 novembre 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    L’œuvre est sombre, mais cette production est théâtralement lumineuse, et ce, dès les premiers contrastes d’éclairage.<br />
    Photo: Vincent Champoux L’œuvre est sombre, mais cette production est théâtralement lumineuse, et ce, dès les premiers contrastes d’éclairage.
    La Médée d'Euripide
    Texte: Marie Cardinal. Mise en scène: Diego Aramburo. Avec: Lise Castonguay, Gill Champagne, Véronique Daudelin, Hugues Frenette, Guylaine Jacob, Linda Laplante, Danielle Le Saux-Farmer, Noémie O'Farrell, Richard Thériault, Denise Verville. Une production du Théâtre du Trident, présentée au Trident jusqu'au 26 novembre.
    La tragédie n'a rien à voir avec le drame de salon. Elle chevauche les siècles et porte l'âme humaine aux frontières de ses propres ténèbres. Elle a l'exigence des déchirements qu'elle met à nu et, quand elle s'impose avec grandeur, comme c'est le cas avec la Médée qui prend l'affiche au Trident, elle se révèle être un inestimable cadeau des dieux.

    Retrouver la plume de Marie Cardinal enchevêtrée à celle d'Euripide y contribue largement et confère à cette pièce, écrite au Ve siècle av. J.-C., sa pleine modernité: l'amour, la trahison, l'exil, la détresse, le désir de vengeance et l'infanticide sont loin d'être l'apanage des temps anciens.

    L'oeuvre est sombre, mais cette production est théâtralement lumineuse, et ce, dès les premiers contrastes d'éclairage. La froideur du bleu se fait l'oracle de ce qui sourd sous l'espace de jeu. Des lueurs paille effleurent les piliers de la structure aux lignes pures, conçue par Hazel, et laissent peu à peu deviner les présences.

    Le profil de la nourrice se fait lunaire. La voix de Médée s'élève graduellement hors du silence et de la noirceur. Linda Laplante a la mesure et la puissance de cette Médée qui loge en ses chairs. Une Médée qui trouve son obsédant prolongement (magnifique) dans chaque murmure, rumeur et chuchotement du Coryphée et du choeur. Hugues Frenette (Jason) et Richard Thériault (Créon) ont la délicate tâche d'incarner l'Homme dans ses insuffisances, ses excès de pouvoir et son égocentrisme. Ils le font avec la justesse nécessaire pour que ceux qui ont traversé l'histoire autant que le voisin d'à côté nous soient reconnaissables d'égale façon. Lise Castonguay (Précepteur) et Denise Verville (Nourrice) font partie du cadeau. Et l'Égée de Gill Champagne vient humblement boucler cette belle distribution.

    La direction de Diego Aramburo en est une d'épousailles et de vision. Épousailles des textures (voix, costumes, ambiance sonore, lumières), du rythme, du mouvement, en synchronie avec l'interprétation et le jeu d'ensemble qui semblent commander l'éclairage. Sa vision tient à ce qui précède, mais grandement à cette façon d'allier l'espace sculptural, le visible, l'invisible, l'esthétisme des ombres chinoises, de la peinture et du cadrage photo. Certains lisent le destin humain dans les astres, Aramburo fait de ce langage et de ses acteurs des astres émergeant des ténèbres. Une Médée antique et actuelle, profondément habitée.

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    Collaboratrice du Devoir












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