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    Théâtre - Ô Kanata...

    4 novembre 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Les marionnettes sont magnifiques, la narration animale, allumée, les éléments scéniques, multiples et raffinés, les manipulateurs, toujours aussi expérimentés.<br />
    Photo: Nicola-Frank Vachon Les marionnettes sont magnifiques, la narration animale, allumée, les éléments scéniques, multiples et raffinés, les manipulateurs, toujours aussi expérimentés.
    Kanata, une histoire renversée (première partie)
    Texte de Jean-Frédéric Messier, assisté de Loup Bleu, d'Antoine Laprise et de Jacques Laroche. Mise en scène: Antoine Laprise et Jacques Laroche. Avec Antoine Laprise, Jacques Laroche, Suzanne Lemoine, Guy Daniel Tremblay. Une production du Théâtre du Sous-marin jaune, présentée à La Bordée jusqu'au 26 novembre.
    Naviguer en eaux profondes et le faire en toute légèreté n'est pas donné à tous. À ce jour, la téméraire «équipopée» du sous-marin jaune (SMJ) a su remonter de grands courants (la Bible, Descartes, Voltaire, Montaigne), ravir et éblouir. Premier maître à bord, Loup Bleu a l'aura d'une star et bénéficie de l'amour inconditionnel qu'on voue aux enfants chéris à qui on pardonne tout.

    Avec Kanata, qui prend l'affiche à La Bordée, le SMJ délaisse les eaux philosophiques, met le cap sur le Nouveau Monde et remonte le cours de l'Histoire. Première de deux parties, Kanata annonçait une traversée en eaux troubles et un renversement historique, en maintenant la barre sur la critique et le ludique. Force est de constater que ce n'est pas la matière qui manque (ni les idées ou le talent), que les mises en situation sont légion et qu'il y avait là tout ce qu'il faut pour renverser ce qui a façonné la face historique de ce qui a, trop longtemps, échoué dans les manuels scolaires.

    Malgré un dispositif scénique ingénieux, d'intelligentes réparties, des anachronismes précieux, qui sont autant de clins d'oeil aux politiques, au matérialisme ou à l'absurdité qui continue de voguer librement sur la ligne du temps et, malgré les vagues de rire soulevées, Kanata ne trouve pas son rythme de croisière.

    Les marionnettes sont magnifiques, la narration animale, allumée, les éléments scéniques, multiples et raffinés, les manipulateurs, toujours aussi expérimentés. Alors, docteur, dites-moi ce qui ne va pas? Le langage, peut-être. Celui qui devrait livrer l'autre visage de l'Histoire, mais qui, dans les échanges entre les Amérindiens, semble tout droit sorti d'un set carré ou d'un call de l'orignal. Une exception de taille, toutefois: le tableau des masques totémiques de chacune des cinq nations, qui forment la grande famille iroquoïenne, et la présence forte de Suzanne Lemoine, dos au public, le visage du masque de maïs offert aux spectateurs. Le ton ici est plus près du rituel, du sacré, et on saisit mal que le personnage soit présenté comme une matrone alors qu'il s'agit bien d'une mère de clan.

    Le SMJ nous a habitués à l'irrévérence, à la mitraille de clichés, au rire qui désamorce et contrebalance le pédagogique, mais Kanata n'y parvient pas. À part les repères historiques, on peine à voir le lien avec Le pays renversé de Denys Delâge et on se prend à souhaiter une suite portée par une voix autochtone qui aurait l'humour et la distance pour mener l'épopée à bon port.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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