Théâtre - Brillant retour de Don Quichotte
Les paradoxes fourmillent dans le Don Quichotte de Cervantes. En montrant les déboires du héros, l'oeuvre avance le primat de l'espoir et remet énergiquement à plat l'opposition fallacieuse qui cloisonne trop souvent le rêve et la réalité. Il s'en dégage une métaphore de la condition humaine qui transcende le temps. Dale Wasserman et Jo Darion avaient condensé les aventures du Chevalier à la triste figure en une comédie musicale créée sur Broadway en 1966 sous le titre de Man of La Mancha. Conquis par le spectacle et par le sujet, Jacques Brel en avait réalisé une adaptation française en 1968 à Bruxelles, dans laquelle il personnifiait le héros.
Après Les Parapluies de Cherbourg qui avait fait fureur l'an dernier au même endroit, c'est l'adaptation de Brel intitulée L'Homme de la Mancha que René Richard Cyr a montée cet été au Centre culturel de Joliette. Avec un parti pris très net de s'écarter du clinquant et des falbalas qui accompagnent habituellement le genre, Cyr fait du spectacle un «théâtre musical», beaucoup plus qu'une «comédie musicale». Ce n'est pas là le moindre des mérites de cette production qui se trouve servie par une distribution soignée. Dès l'ouverture, on comprend que les spectateurs ne seront ni racolés ni sous-estimés, et que la mise en scène fera confiance à leur imaginaire et à leur réflexion.
Une double intrigue est habilement mise en contexte: le personnage de Cervantes (Jean Maheux), emprisonné en attendant d'être jugé par l'Inquisition, fait face à ses compagnons bagnards qui le somment de plaider sa cause auprès d'eux avant qu'il aille se défendre au tribunal. C'est alors qu'il entreprend de raconter l'histoire de son Don Quichotte et qu'il enrôle les autres prisonniers pour jouer Sancho et les divers personnages rencontrés par le Chevalier. Sans effets spéciaux, sans recours à des trucs très spectaculaires, la mise en scène met l'accent sur le sens et sur l'authenticité du jeu. L'ensemble de la représentation baigne dans un dépouillement fort bienvenu. De l'authenticité, de l'humour et de l'esprit, oui! mais pas d'exploits vocaux ou de chanteurs qui forcent la note, aucune emphase mélodramatique dans l'interprétation. Conséquence: on accède à la sphère affective des personnages. Costumes, décor, accessoires et musique épousent ces choix. François St-Aubin a conçu des costumes signifiants et sobres, costumes-signes plutôt que spectacles. Le scénographe Réal Benoît suggère l'intérieur d'un cachot semi-circulaire surmonté d'un grand escalier et percé tout autour de loges au travers desquelles on aperçoit les trois musiciens: un claviériste (Benoît Sarrasin), une basse (Lauréat Cormier) et un percussionniste (Louis Gagné) qui créent des climats et accompagnent discrètement les acteurs-chanteurs. Jean Maheux, grand et mince, possède la stature susceptible de s'accorder naturellement au personnage de Don Quichotte; il incarne Cervantes avec la même aisance. À l'un et à l'autre, il prête un jeu très juste et une voix moelleuse. Sylvain Scott, qui joue à la fois le valet de Cervantes et Sancho Pança, l'alter ego de Don Quichotte, est simplement irrésistible dans l'air Je l'aime! que Sancho chante lorsqu'on lui demande pourquoi il reste avec un maître aussi «fêlé» que Don Quichotte. À côté des onze autres rôles masculins (que se partagent Stéphan côté, Roger La Rue, Stéphane Brulotte et Sylvain Massé), les personnages féminins (joués par Éveline Gélinas, Catherine Vidal et Michelle Labonté) paraissent également forts. Mêlant de façon très convaincante l'autorité et la grâce naturelle, Éveline Gélinas incarne Aldonza, la prostituée de l'auberge que Don Quichotte, contrairement aux autres hommes, s'obstine à traiter avec déférence et humanité parce qu'il persiste à voir en elle Dulcinea, son égérie.
Une double intrigue est habilement mise en contexte: le personnage de Cervantes (Jean Maheux), emprisonné en attendant d'être jugé par l'Inquisition, fait face à ses compagnons bagnards qui le somment de plaider sa cause auprès d'eux avant qu'il aille se défendre au tribunal. C'est alors qu'il entreprend de raconter l'histoire de son Don Quichotte et qu'il enrôle les autres prisonniers pour jouer Sancho et les divers personnages rencontrés par le Chevalier. Sans effets spéciaux, sans recours à des trucs très spectaculaires, la mise en scène met l'accent sur le sens et sur l'authenticité du jeu. L'ensemble de la représentation baigne dans un dépouillement fort bienvenu. De l'authenticité, de l'humour et de l'esprit, oui! mais pas d'exploits vocaux ou de chanteurs qui forcent la note, aucune emphase mélodramatique dans l'interprétation. Conséquence: on accède à la sphère affective des personnages. Costumes, décor, accessoires et musique épousent ces choix. François St-Aubin a conçu des costumes signifiants et sobres, costumes-signes plutôt que spectacles. Le scénographe Réal Benoît suggère l'intérieur d'un cachot semi-circulaire surmonté d'un grand escalier et percé tout autour de loges au travers desquelles on aperçoit les trois musiciens: un claviériste (Benoît Sarrasin), une basse (Lauréat Cormier) et un percussionniste (Louis Gagné) qui créent des climats et accompagnent discrètement les acteurs-chanteurs. Jean Maheux, grand et mince, possède la stature susceptible de s'accorder naturellement au personnage de Don Quichotte; il incarne Cervantes avec la même aisance. À l'un et à l'autre, il prête un jeu très juste et une voix moelleuse. Sylvain Scott, qui joue à la fois le valet de Cervantes et Sancho Pança, l'alter ego de Don Quichotte, est simplement irrésistible dans l'air Je l'aime! que Sancho chante lorsqu'on lui demande pourquoi il reste avec un maître aussi «fêlé» que Don Quichotte. À côté des onze autres rôles masculins (que se partagent Stéphan côté, Roger La Rue, Stéphane Brulotte et Sylvain Massé), les personnages féminins (joués par Éveline Gélinas, Catherine Vidal et Michelle Labonté) paraissent également forts. Mêlant de façon très convaincante l'autorité et la grâce naturelle, Éveline Gélinas incarne Aldonza, la prostituée de l'auberge que Don Quichotte, contrairement aux autres hommes, s'obstine à traiter avec déférence et humanité parce qu'il persiste à voir en elle Dulcinea, son égérie.
Après Les Parapluies de Cherbourg qui avait fait fureur l'an dernier au même endroit, c'est l'adaptation de Brel intitulée L'Homme de la Mancha que René Richard Cyr a montée cet été au Centre culturel de Joliette. Avec un parti pris très net de s'écarter du clinquant et des falbalas qui accompagnent habituellement le genre, Cyr fait du spectacle un «théâtre musical», beaucoup plus qu'une «comédie musicale». Ce n'est pas là le moindre des mérites de cette production qui se trouve servie par une distribution soignée. Dès l'ouverture, on comprend que les spectateurs ne seront ni racolés ni sous-estimés, et que la mise en scène fera confiance à leur imaginaire et à leur réflexion.
Une double intrigue est habilement mise en contexte: le personnage de Cervantes (Jean Maheux), emprisonné en attendant d'être jugé par l'Inquisition, fait face à ses compagnons bagnards qui le somment de plaider sa cause auprès d'eux avant qu'il aille se défendre au tribunal. C'est alors qu'il entreprend de raconter l'histoire de son Don Quichotte et qu'il enrôle les autres prisonniers pour jouer Sancho et les divers personnages rencontrés par le Chevalier. Sans effets spéciaux, sans recours à des trucs très spectaculaires, la mise en scène met l'accent sur le sens et sur l'authenticité du jeu. L'ensemble de la représentation baigne dans un dépouillement fort bienvenu. De l'authenticité, de l'humour et de l'esprit, oui! mais pas d'exploits vocaux ou de chanteurs qui forcent la note, aucune emphase mélodramatique dans l'interprétation. Conséquence: on accède à la sphère affective des personnages. Costumes, décor, accessoires et musique épousent ces choix. François St-Aubin a conçu des costumes signifiants et sobres, costumes-signes plutôt que spectacles. Le scénographe Réal Benoît suggère l'intérieur d'un cachot semi-circulaire surmonté d'un grand escalier et percé tout autour de loges au travers desquelles on aperçoit les trois musiciens: un claviériste (Benoît Sarrasin), une basse (Lauréat Cormier) et un percussionniste (Louis Gagné) qui créent des climats et accompagnent discrètement les acteurs-chanteurs. Jean Maheux, grand et mince, possède la stature susceptible de s'accorder naturellement au personnage de Don Quichotte; il incarne Cervantes avec la même aisance. À l'un et à l'autre, il prête un jeu très juste et une voix moelleuse. Sylvain Scott, qui joue à la fois le valet de Cervantes et Sancho Pança, l'alter ego de Don Quichotte, est simplement irrésistible dans l'air Je l'aime! que Sancho chante lorsqu'on lui demande pourquoi il reste avec un maître aussi «fêlé» que Don Quichotte. À côté des onze autres rôles masculins (que se partagent Stéphan côté, Roger La Rue, Stéphane Brulotte et Sylvain Massé), les personnages féminins (joués par Éveline Gélinas, Catherine Vidal et Michelle Labonté) paraissent également forts. Mêlant de façon très convaincante l'autorité et la grâce naturelle, Éveline Gélinas incarne Aldonza, la prostituée de l'auberge que Don Quichotte, contrairement aux autres hommes, s'obstine à traiter avec déférence et humanité parce qu'il persiste à voir en elle Dulcinea, son égérie.
Une double intrigue est habilement mise en contexte: le personnage de Cervantes (Jean Maheux), emprisonné en attendant d'être jugé par l'Inquisition, fait face à ses compagnons bagnards qui le somment de plaider sa cause auprès d'eux avant qu'il aille se défendre au tribunal. C'est alors qu'il entreprend de raconter l'histoire de son Don Quichotte et qu'il enrôle les autres prisonniers pour jouer Sancho et les divers personnages rencontrés par le Chevalier. Sans effets spéciaux, sans recours à des trucs très spectaculaires, la mise en scène met l'accent sur le sens et sur l'authenticité du jeu. L'ensemble de la représentation baigne dans un dépouillement fort bienvenu. De l'authenticité, de l'humour et de l'esprit, oui! mais pas d'exploits vocaux ou de chanteurs qui forcent la note, aucune emphase mélodramatique dans l'interprétation. Conséquence: on accède à la sphère affective des personnages. Costumes, décor, accessoires et musique épousent ces choix. François St-Aubin a conçu des costumes signifiants et sobres, costumes-signes plutôt que spectacles. Le scénographe Réal Benoît suggère l'intérieur d'un cachot semi-circulaire surmonté d'un grand escalier et percé tout autour de loges au travers desquelles on aperçoit les trois musiciens: un claviériste (Benoît Sarrasin), une basse (Lauréat Cormier) et un percussionniste (Louis Gagné) qui créent des climats et accompagnent discrètement les acteurs-chanteurs. Jean Maheux, grand et mince, possède la stature susceptible de s'accorder naturellement au personnage de Don Quichotte; il incarne Cervantes avec la même aisance. À l'un et à l'autre, il prête un jeu très juste et une voix moelleuse. Sylvain Scott, qui joue à la fois le valet de Cervantes et Sancho Pança, l'alter ego de Don Quichotte, est simplement irrésistible dans l'air Je l'aime! que Sancho chante lorsqu'on lui demande pourquoi il reste avec un maître aussi «fêlé» que Don Quichotte. À côté des onze autres rôles masculins (que se partagent Stéphan côté, Roger La Rue, Stéphane Brulotte et Sylvain Massé), les personnages féminins (joués par Éveline Gélinas, Catherine Vidal et Michelle Labonté) paraissent également forts. Mêlant de façon très convaincante l'autorité et la grâce naturelle, Éveline Gélinas incarne Aldonza, la prostituée de l'auberge que Don Quichotte, contrairement aux autres hommes, s'obstine à traiter avec déférence et humanité parce qu'il persiste à voir en elle Dulcinea, son égérie.
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