Théâtre - Mascarade sociale
À retenir
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Just Fake It
Création collective dirigée par Catherine Bourgeois. Une production Joe, Jack and John, à l'affiche des Écuries jusqu'au 29 octobre.
On ne dit pas assez la singularité du travail de Catherine Bourgeois, injustement méconnu. Certes, ses spectacles construits autour de la personnalité d'acteurs «hors normes», souvent atteints de déficience intellectuelle, manquent de vernis et n'ont pas l'envergure du travail de l'Italien Pippo Delbono, qui œuvre dans un créneau similaire (son spectacle Récits de juin est d'ailleurs à l'affiche à l'Usine C). Mais Bourgeois a le même regard tendre, jamais bêtement sentimental, sur ces êtres que notre société conformiste ne sait pas dans quelle case ranger. En toute finesse, elle développe aussi un discours critique sur l'américanité, ou plutôt sur les rôles sociaux et les modèles prônés par la culture américaine.
Just Fake It s'ouvre d'ailleurs sur une chorégraphie de Michael Jackson, figure mythique dans laquelle se projette Geneviève (Geneviève Morin-Dupont), avant de s'approprier les paroles de quelques autres chansons pop qu'elle transforme en un langage limitatif. Elle ne communique par là que des idées empruntées, pendant que Michael (Michael Nimbley) fait le souhait de devenir une femme et enfile des vêtements sexy. Et ainsi de suite: les quatre acteurs (la distribution est complétée par le comédien Jean-Pascal Fournier et la danseuse Dorian Nuskind-Oder) portent leur vrai prénom, mais jouent des rôles sociaux éloignés de leur nature, composant une trame de petits mensonges apparemment inoffensifs, mais bientôt difficiles à supporter. Les codes sociaux d'une société compétitive et un brin hypocrite nous mènent peut-être tous là, dans une sorte de mascarade où sont gommées les différences, et qui risque à tout moment de déraper.
La dramaturgie n'est toutefois pas des plus approfondies. Très sympathique, le spectacle demeure anecdotique. Même si les situations disent bien la contamination par le faux de toutes les sphères de la vie sociale, on aurait souhaité un éclairage plus cru ou d'autres perspectives sur lesdites situations. N'empêche, il y a des pistes intéressantes à creuser, notamment sur le bilinguisme montréalais: la New-Yorkaise Dorian raconte le sentiment d'imposture vécu lors de conversations en français à Montréal et constate que les immigrants sont toujours reçus avec perplexité. Une trahison de soi? Pas nécessairement, mais avouez que la question est d'actualité dans une ville à l'immigration de plus en plus diversifiée, où le français décline et où les certitudes identitaires se dissipent. Dorian conclut qu'au fond, sa personnalité est toujours déterminée par ses interrelations avec les autres et qu'il n'y a pas de véritable individualité, ni même d'identité collective. Ça se discute.
***
Collaborateur du Devoir
Just Fake It s'ouvre d'ailleurs sur une chorégraphie de Michael Jackson, figure mythique dans laquelle se projette Geneviève (Geneviève Morin-Dupont), avant de s'approprier les paroles de quelques autres chansons pop qu'elle transforme en un langage limitatif. Elle ne communique par là que des idées empruntées, pendant que Michael (Michael Nimbley) fait le souhait de devenir une femme et enfile des vêtements sexy. Et ainsi de suite: les quatre acteurs (la distribution est complétée par le comédien Jean-Pascal Fournier et la danseuse Dorian Nuskind-Oder) portent leur vrai prénom, mais jouent des rôles sociaux éloignés de leur nature, composant une trame de petits mensonges apparemment inoffensifs, mais bientôt difficiles à supporter. Les codes sociaux d'une société compétitive et un brin hypocrite nous mènent peut-être tous là, dans une sorte de mascarade où sont gommées les différences, et qui risque à tout moment de déraper.
La dramaturgie n'est toutefois pas des plus approfondies. Très sympathique, le spectacle demeure anecdotique. Même si les situations disent bien la contamination par le faux de toutes les sphères de la vie sociale, on aurait souhaité un éclairage plus cru ou d'autres perspectives sur lesdites situations. N'empêche, il y a des pistes intéressantes à creuser, notamment sur le bilinguisme montréalais: la New-Yorkaise Dorian raconte le sentiment d'imposture vécu lors de conversations en français à Montréal et constate que les immigrants sont toujours reçus avec perplexité. Une trahison de soi? Pas nécessairement, mais avouez que la question est d'actualité dans une ville à l'immigration de plus en plus diversifiée, où le français décline et où les certitudes identitaires se dissipent. Dorian conclut qu'au fond, sa personnalité est toujours déterminée par ses interrelations avec les autres et qu'il n'y a pas de véritable individualité, ni même d'identité collective. Ça se discute.
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