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    Théâtre - Entre vous et moi : aucun mur

    24 octobre 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Entre vous et moi, il n'y a qu'un mur
    • Texte et mise en scène: Jocelyn Pelletier.
    • Avec Alexa-Jeanne Dubé, Joanie Lehoux, Frédérique Bradet, Gabriel Fournier, Lucien Ratio.
    • Une production de SUSHI/POISSE/SON/MORT
    • Présentée chez Premier Acte
    • Jusqu'au 29 octobre.
    Entre vous et moi, il n'y a qu'un mur, qui vient de prendre l'affiche chez Premier Acte, est une proposition forte qui témoigne de la rigueur et du talent des créateurs de la relève, de leur capacité à redessiner les champs d'om-bres et de lumière dans lesquels nous gravitons quand nous ne carburons pas à l'élixir du confort et de l'indifférence.

    Le lieu désaffecté, conçu par Dominic Thibault, est à l'image de ce que renvoient le texte et les personnages: un fond noir dominant et de rares touches de blanc (papiers déchirés, éléments de décor et de costumes), une scénographie qui s'inscrit en clair dans la désertification de l'âme, du corps et du coeur, en progression cauchemardesque dans nos sociétés. Témoigner de la marchandisation des corps, de ses abus, de l'obsession de la perfection «du soi», suivant le modèle dominant (positivisme et productivité) du «citoyen ancré dans le monde moderne», et de tout ce qui fait que nous sommes dépossédés de nos intimités, de nos fragilités et de nos désirs, constitue un enjeu de taille. Un enjeu qui aurait pu tourner au cauchemar théâtral si tous les éléments en place n'avaient pas été à la hauteur du propos.

    La hauteur évoquée est réelle. Dubé, Lehoux, Bradet, Fournier, Ratio sont d'une présence déconcertante. Ils possèdent le rythme et le mouvement, maîtrisent leurs personnages et voyagent sans heurt de l'interprétation détachée au jeu choral et à la chorégraphie des corps, jusqu'aux rives murmurantes de la fragilité. Ils le font avec adresse, sans jamais s'écarter de la vérité des personnages, même quand la vidéo ajoute en exigence à leur jeu. Car, ici aussi, fragments de visage, de corps, de postures, projetés en temps réel, échappent à la démonstration, ou à l'ajout qui ne serait là que pour faire joli.

    Une trame sonore tel un grondement souterrain qui viendrait envahir le corps, des éclairages inventifs qui forcent à voir autrement. Une direction et un texte qui confirment ce que nous pressentions: Jocelyn Pelletier possède une authentique voix dramaturgique, du souffle, des textes qui ont du corps, suffisamment en tout cas pour se prêter au processus de construction/déconstruction qui offre aux acteurs de nombreux possibles.

    Cette production n'a un mur que dans le titre parce qu'en fait, elle en abat plusieurs.

    Dans son mot du metteur en scène, Pelletier (nous) remercie de croire au théâtre. En fait, entre vous et moi, impossible de faire autrement.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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