L'architecte Éric Gauthier et son projet - Un immeuble enraciné dans son quartier
Lorsque l'équipe de La Licorne a décidé de procéder à l'expansion de son théâtre, c'est à Éric Gauthier, architecte associé de la firme fabg, qu'elle a confié le projet.
«Pour moi, La Manufacture, la compagnie de théâtre de La Licorne, a quelque chose de masculin. Elle explore beaucoup la condition masculine. L'équipe voulait un théâtre qui lui ressemble, et cette vision s'est imposée assez naturellement, au fil du travail que nous avons fait ensemble. C'est pour cette raison que je ne suis pas allé vers des couleurs pastel, mais plutôt vers des teintes de gris et de noir, avec des matériaux comme le béton, la brique, etc.»
Voilà comment Éric Gauthier, architecte concepteur du projet, décrit sa vision du nouveau bâtiment de La Licorne, toujours situé rue Papineau, à Montréal.
«Dans la forme du bâtiment et dans sa couleur, il y a une forme de sévérité, de robustesse. Nous souhaitions que le bâtiment ait un côté brut», ajoute-t-il.
À ses yeux, le directeur fondateur du théâtre, Jean-Denis Leduc, ainsi que le directeur général et artistique, Denis Bernard, avaient une bonne idée de ce qu'ils voulaient. «Le projet avait été bien mûri, bien réfléchi. Il allait aussi avec ce qu'on a connu de La Licorne au fil du temps. Leur vision était cohérente.»
L'importance du bar
L'un des éléments particulièrement importants de la nouvelle Licorne est le bar. «C'est un peu le coeur du projet, indique M. Gauthier. On voulait que ce soit un véritable lieu de rassemblement. Nous en avons discuté beaucoup, et ce, dès le début du projet. Nous avons essayé de faire un bar très archétypique du Plateau Mont-Royal, parce que La Licorne appartient au Plateau Mont-Royal. Le bar est aussi très fidèle à l'imagerie des bars du quartier, en longueur, avec un mur de brique.»
Le fait d'avoir un bar dans le foyer d'une salle de spectacles appartient à la tradition britannique. «Je suis allé à Londres, et chaque salle a sa bière. Je me suis promené de salle en salle pour les essayer!», s'exclame l'architecte.
La Licorne a aussi une grande vitrine qui donne sur la rue. «Encore une fois, ça fait en sorte que le théâtre est vraiment enraciné dans le Plateau Mont-Royal», ajoute l'architecte.
Le défi de l'acoustique
Comme architecte, Éric Gauthier a dû orienter son travail à La Licorne autour d'un grand défi: l'acoustique. «Les problèmes de bruit étaient d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles on voulait construire une nouvelle Licorne. Je me rappelle d'ailleurs avoir assisté à une représentation un soir et, à un moment donné, on entendait la guitare électrique du bar voisin.»
La solution qu'il a trouvée a été de faire les deux salles dans des sortes de boîtes sans contact avec les murs mitoyens. «Il y a un espace autour de chaque salle qui sert de tampon. Ça fonctionne bien, mais c'était un grand défi d'aménagement. D'autant plus que l'espace disponible était assez petit.»
La modeste superficie des deux lots de terre disponibles était l'autre grand défi. «Dans le fond, c'est un terrain minuscule où, normalement, il y aurait eu deux duplex! Les gens sont parfois surpris de voir tout ce qu'on trouve à l'intérieur de ce bâtiment: deux salles de spectacles, un bar, deux étages de bureaux, une salle de répétitions. Il fallait réussir à optimiser l'espace», affirme celui qui avait déjà surmonté ce genre de défi avec le Théâtre de Quat'Sous.
Un immeuble intégré
Plutôt que d'opter pour un bâtiment criard, Éric Gauthier et son équipe ont décidé de privilégier un bâtiment tout en sobriété. «Avec tout le vitrage, ce n'est pas un bâtiment traditionnel, mais il y avait une volonté d'être sobre, de ne pas trop trancher avec les bâtiments voisins. Comme eux, très près de la rue, nous avons un étage seulement, et, un peu plus loin à l'arrière, la vraie façade commence avec les étages. Cela permet au bâtiment de s'intégrer.»
Cette volonté d'harmonisation avec les bâtiments voisins n'a tout de même pas empêché les architectes du projet d'opter pour des éléments distinctifs. «Bien sûr, la fenestration se démarque des voisins, tout comme les matériaux. Nous avons utilisé un aluminium laqué avec beaucoup de lustre», affirme M. Gauthier.
Un théâtre, une identité
Ce sont toutes ces particularités qui font l'identité de La Licorne, d'après Éric Gauthier.
«Chaque théâtre a son identité. Ce sont les différences entre les différents théâtres qui font que chaque projet est intéressant», affirme celui qui est derrière plusieurs théâtres à Montréal. On lui doit notamment l'Espace Go, la rénovation du Centaur et le Théâtre de Quat'Sous. Il a d'ailleurs pratiquement commencé sa carrière en travaillant sur le Monument-National.
L'architecte croit que, si on le choisit si souvent pour de tels projets, c'est probablement en raison de sa capacité d'écoute. «J'aime le dialogue qui s'installe avec les directeurs de théâtre. Ils sont habitués de travailler avec des créateurs et ça paraît. Plutôt que de travailler tout seul dans mon coin, j'aime ce travail de collaboration», affirme Éric Gauthier, qui bosse maintenant entre autres sur la transformation de la station-service de l'architecte qu'il admire, van der Rohe, à l'Île-des-Soeurs.
Le résultat final
Le concepteur du projet a travaillé sur les esquisses et les plans de la nouvelle Licorne pendant plus de six mois. Une fois que les plans ont été détaillés, un membre de son équipe a suivi la réalisation du projet. «Il faut rester présent et coordonner le travail des différents spécialistes et conseillers. De plus, lorsqu'il arrive des surprises, il faut en profiter pour faire en sorte que le projet soit gagnant. Il faut garder le contrôle.»
Il n'y a pas eu énormément de surprises avec le projet de La Licorne. D'ailleurs, l'architecte affirme que les perspectives et les photos du résultat final sont presque identiques. Peut-il affirmer que le projet est une réussite? Modeste, l'architecte hésite à se prononcer.
«J'espère que nous avons réussi, affirme-t-il. En architecture, toutefois, on dit souvent que c'est seulement 20 ans après la réalisation d'un projet qu'on voit s'il est réussi. Il faut laisser passer le temps et les modes pour voir si le bâtiment vieillit bien.»
***
Collaboratrice du Devoir
«Pour moi, La Manufacture, la compagnie de théâtre de La Licorne, a quelque chose de masculin. Elle explore beaucoup la condition masculine. L'équipe voulait un théâtre qui lui ressemble, et cette vision s'est imposée assez naturellement, au fil du travail que nous avons fait ensemble. C'est pour cette raison que je ne suis pas allé vers des couleurs pastel, mais plutôt vers des teintes de gris et de noir, avec des matériaux comme le béton, la brique, etc.»
Voilà comment Éric Gauthier, architecte concepteur du projet, décrit sa vision du nouveau bâtiment de La Licorne, toujours situé rue Papineau, à Montréal.
«Dans la forme du bâtiment et dans sa couleur, il y a une forme de sévérité, de robustesse. Nous souhaitions que le bâtiment ait un côté brut», ajoute-t-il.
À ses yeux, le directeur fondateur du théâtre, Jean-Denis Leduc, ainsi que le directeur général et artistique, Denis Bernard, avaient une bonne idée de ce qu'ils voulaient. «Le projet avait été bien mûri, bien réfléchi. Il allait aussi avec ce qu'on a connu de La Licorne au fil du temps. Leur vision était cohérente.»
L'importance du bar
L'un des éléments particulièrement importants de la nouvelle Licorne est le bar. «C'est un peu le coeur du projet, indique M. Gauthier. On voulait que ce soit un véritable lieu de rassemblement. Nous en avons discuté beaucoup, et ce, dès le début du projet. Nous avons essayé de faire un bar très archétypique du Plateau Mont-Royal, parce que La Licorne appartient au Plateau Mont-Royal. Le bar est aussi très fidèle à l'imagerie des bars du quartier, en longueur, avec un mur de brique.»
Le fait d'avoir un bar dans le foyer d'une salle de spectacles appartient à la tradition britannique. «Je suis allé à Londres, et chaque salle a sa bière. Je me suis promené de salle en salle pour les essayer!», s'exclame l'architecte.
La Licorne a aussi une grande vitrine qui donne sur la rue. «Encore une fois, ça fait en sorte que le théâtre est vraiment enraciné dans le Plateau Mont-Royal», ajoute l'architecte.
Le défi de l'acoustique
Comme architecte, Éric Gauthier a dû orienter son travail à La Licorne autour d'un grand défi: l'acoustique. «Les problèmes de bruit étaient d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles on voulait construire une nouvelle Licorne. Je me rappelle d'ailleurs avoir assisté à une représentation un soir et, à un moment donné, on entendait la guitare électrique du bar voisin.»
La solution qu'il a trouvée a été de faire les deux salles dans des sortes de boîtes sans contact avec les murs mitoyens. «Il y a un espace autour de chaque salle qui sert de tampon. Ça fonctionne bien, mais c'était un grand défi d'aménagement. D'autant plus que l'espace disponible était assez petit.»
La modeste superficie des deux lots de terre disponibles était l'autre grand défi. «Dans le fond, c'est un terrain minuscule où, normalement, il y aurait eu deux duplex! Les gens sont parfois surpris de voir tout ce qu'on trouve à l'intérieur de ce bâtiment: deux salles de spectacles, un bar, deux étages de bureaux, une salle de répétitions. Il fallait réussir à optimiser l'espace», affirme celui qui avait déjà surmonté ce genre de défi avec le Théâtre de Quat'Sous.
Un immeuble intégré
Plutôt que d'opter pour un bâtiment criard, Éric Gauthier et son équipe ont décidé de privilégier un bâtiment tout en sobriété. «Avec tout le vitrage, ce n'est pas un bâtiment traditionnel, mais il y avait une volonté d'être sobre, de ne pas trop trancher avec les bâtiments voisins. Comme eux, très près de la rue, nous avons un étage seulement, et, un peu plus loin à l'arrière, la vraie façade commence avec les étages. Cela permet au bâtiment de s'intégrer.»
Cette volonté d'harmonisation avec les bâtiments voisins n'a tout de même pas empêché les architectes du projet d'opter pour des éléments distinctifs. «Bien sûr, la fenestration se démarque des voisins, tout comme les matériaux. Nous avons utilisé un aluminium laqué avec beaucoup de lustre», affirme M. Gauthier.
Un théâtre, une identité
Ce sont toutes ces particularités qui font l'identité de La Licorne, d'après Éric Gauthier.
«Chaque théâtre a son identité. Ce sont les différences entre les différents théâtres qui font que chaque projet est intéressant», affirme celui qui est derrière plusieurs théâtres à Montréal. On lui doit notamment l'Espace Go, la rénovation du Centaur et le Théâtre de Quat'Sous. Il a d'ailleurs pratiquement commencé sa carrière en travaillant sur le Monument-National.
L'architecte croit que, si on le choisit si souvent pour de tels projets, c'est probablement en raison de sa capacité d'écoute. «J'aime le dialogue qui s'installe avec les directeurs de théâtre. Ils sont habitués de travailler avec des créateurs et ça paraît. Plutôt que de travailler tout seul dans mon coin, j'aime ce travail de collaboration», affirme Éric Gauthier, qui bosse maintenant entre autres sur la transformation de la station-service de l'architecte qu'il admire, van der Rohe, à l'Île-des-Soeurs.
Le résultat final
Le concepteur du projet a travaillé sur les esquisses et les plans de la nouvelle Licorne pendant plus de six mois. Une fois que les plans ont été détaillés, un membre de son équipe a suivi la réalisation du projet. «Il faut rester présent et coordonner le travail des différents spécialistes et conseillers. De plus, lorsqu'il arrive des surprises, il faut en profiter pour faire en sorte que le projet soit gagnant. Il faut garder le contrôle.»
Il n'y a pas eu énormément de surprises avec le projet de La Licorne. D'ailleurs, l'architecte affirme que les perspectives et les photos du résultat final sont presque identiques. Peut-il affirmer que le projet est une réussite? Modeste, l'architecte hésite à se prononcer.
«J'espère que nous avons réussi, affirme-t-il. En architecture, toutefois, on dit souvent que c'est seulement 20 ans après la réalisation d'un projet qu'on voit s'il est réussi. Il faut laisser passer le temps et les modes pour voir si le bâtiment vieillit bien.»
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Collaboratrice du Devoir








