Mettre en scène - La parole est la reine des lieux
À La Licorne, autant celle d'hier que celle qui renaît ces jours-ci, c'est le texte qui prime. Parole de metteur de scène. De deux metteurs en scène en particulier, Philippe Lambert et Maxime Dénommée, qui ont eu leur lot d'expériences marquantes dans l'enceinte de la compagnie La Manufacture.
Pour les deux hommes, La Licorne s'est forgé une identité à coups de textes forts, bien écrits, subtils. Ceux-là mêmes qui mettent l'acteur de l'avant. Qui n'ont besoin que de la voix pour faire entendre, et pour faire voir, tout un monde. Qui libèrent. «Les abonnés [de La Licorne] ne viennent pas voir des mises en scène. Ils viennent voir des acteurs. Ils viennent se faire raconter des histoires, dit un Maxime Dénommée plus que convaincu. Le public est près des acteurs. Il voit leurs yeux, même d'en arrière.» Un élément fondamental de l'expérience théâtrale, selon lui, parce que «quand tu ne vois plus les yeux, tu n'es plus concerné».
Philippe Lambert, qui accumule les mises en scène à La Licorne depuis Coin Saint-Laurent, en 2005, compare même cette expérience à de la magie, une magie très concrète. «Le public est avec les acteurs, il suit [ce qui se déroule] dans leur tête. Et il les voit suer, postillonner.»
Intimité
La chose est possible à La Licorne, parce qu'aire de jeu et sièges sont très rapprochés, et pas seulement dans la défunte deuxième salle, ce bar qu'on convertissait à l'occasion en boîte noire. La salle principale aussi avait cet effet de magie. Et l'aura encore, parce que, même dans sa nouvelle version (175 places assises, au lieu des 150 d'avant les rénovations), elle conservera son cachet.
«C'était clair qu'on voulait garder cette intimité», dit Lambert, qui porte aussi le rôle, à La Licorne, d'adjoint à la direction artistique.
Le théâtre qui se pratique rue Papineau est celui des mots. Comme la nature confidentielle des salles mise beaucoup sur les acteurs, les choix artistiques ont privilégié des pièces très verbeuses. Et l'âme des lieux, Jean-Denis Leduc, n'a jamais craint de donner la parole à des nouveaux venus, tels que Maxime Dénommée et Philippe Lambert.
Le premier a amorcé sa carrière par un rôle à La Licorne (Trick or Treat, en 1999), avant de se voir confier une première mise en scène (Tête première, en 2005). Lui, l'acteur primé par un Masque en 2003 pour son monologue sous les traits de Rookie, un des deux personnages de Howie le Rookie, de l'Irlandais Mark O'Rowe, apprécie beaucoup la couleur langagière de La Licorne.
«Ça me prend une histoire, avoue le jeune metteur en scène. Je ne fais pas de l'impro, je ne crée pas d'images. Je ne suis pas auteur, je suis zéro auteur.» Un texte, par contre, il sait «comment le livrer», dit-il.
Sans extravagance
À La Licorne, cette prédilection pour des pièces à texte a favorisé un théâtre dépouillé, sans d'extravagantes mises en scène. Philippe Lambert se rappelle néanmoins des propositions étonnantes, dont Tête première, de Mark O'Rowe aussi, une suite de monolo-gues que Dénommée avait réussi à lier à ses débuts de metteur en scène.
«Ce n'était pas évident. J'ai appris sur le tas», dit le principal intéressé, qui admet avoir compris, à ce moment-là, beaucoup sur le métier d'acteur. Sa direction d'acteurs devait favoriser le jeu sans effet.
La Licorne défend le théâtre du vrai, de la simplicité. Celui qui passe par l'attitude la plus naturelle et qui se résume à une leçon: ne pas jouer. «Il faut seulement dire le texte, rappelle Philippe Lambert, et l'histoire apparaîtra dans la tête du spectateur. Le personnage se construit dans lui, dans son imaginaire. L'acteur n'a pas à l'imposer.»
Le metteur en scène non plus n'a pas à imposer. Sa compréhension d'une pièce ne doit se traduire que par une série d'évocations. Maxime Dénommée se l'explique en pensant à une phrase de l'auteur Olivier Choinière — et un des traducteurs adoptés par La Licorne — qui considère que «le texte doit libérer la mise en scène de toute représentation».
Dénommée et Lambert sont de cette école de «laisser le spectateur, croit Maxime Dénommée, avoir le même choc que celui qu'on a eu en lisant le texte, le laisser se nourrir d'images».
Retrouvailles
Pour la saison des retrouvailles, les deux collègues auront de quoi nous remplir les entrailles. Pour janvier, Maxime Dénommée monte Orphelins, du Britannique Dennis Kelly, avec Steve Laplante, Étienne Pilon et Évelyne Rompré. La pièce, qui parle de notre époque et de nos peurs de l'étranger, est portée par un texte «cadillac, parfait, estime-t-il, [duquel] tu ne changes pas une virgule. Il faut respecter la ponctuation. C'est le rythme qui amène à l'émotion. C'est très américain comme débit. Ça prend une virtuosité pour le maîtriser, mais quand c'est maîtrisé, tout le sous-texte, tous les non-dits apparaissent.»
Philippe Lambert sera un de ceux qui occuperont la nouvelle petite scène, «une vraie boîte noire» de 80 places. Il le fera en mars, avec Midsummer (une pièce et neuf chansons), de David Greig, autre dramaturge britannique. Il s'agit d'une oeuvre sur la communication et l'ouverture à l'autre, interprétée par Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant.
«Il n'y a pas de quatrième mur. On parle au public et en même temps on joue des scènes, des situations qu'on raconte. La pièce a un côté presque conteur. Il faut retrouver cette énergie à la Fred Pellerin, cette générosité, cette liberté.»
À La Licorne, petite ou grande, la parole restera la reine des lieux.
***
Collaborateur du Devoir
Pour les deux hommes, La Licorne s'est forgé une identité à coups de textes forts, bien écrits, subtils. Ceux-là mêmes qui mettent l'acteur de l'avant. Qui n'ont besoin que de la voix pour faire entendre, et pour faire voir, tout un monde. Qui libèrent. «Les abonnés [de La Licorne] ne viennent pas voir des mises en scène. Ils viennent voir des acteurs. Ils viennent se faire raconter des histoires, dit un Maxime Dénommée plus que convaincu. Le public est près des acteurs. Il voit leurs yeux, même d'en arrière.» Un élément fondamental de l'expérience théâtrale, selon lui, parce que «quand tu ne vois plus les yeux, tu n'es plus concerné».
Philippe Lambert, qui accumule les mises en scène à La Licorne depuis Coin Saint-Laurent, en 2005, compare même cette expérience à de la magie, une magie très concrète. «Le public est avec les acteurs, il suit [ce qui se déroule] dans leur tête. Et il les voit suer, postillonner.»
Intimité
La chose est possible à La Licorne, parce qu'aire de jeu et sièges sont très rapprochés, et pas seulement dans la défunte deuxième salle, ce bar qu'on convertissait à l'occasion en boîte noire. La salle principale aussi avait cet effet de magie. Et l'aura encore, parce que, même dans sa nouvelle version (175 places assises, au lieu des 150 d'avant les rénovations), elle conservera son cachet.
«C'était clair qu'on voulait garder cette intimité», dit Lambert, qui porte aussi le rôle, à La Licorne, d'adjoint à la direction artistique.
Le théâtre qui se pratique rue Papineau est celui des mots. Comme la nature confidentielle des salles mise beaucoup sur les acteurs, les choix artistiques ont privilégié des pièces très verbeuses. Et l'âme des lieux, Jean-Denis Leduc, n'a jamais craint de donner la parole à des nouveaux venus, tels que Maxime Dénommée et Philippe Lambert.
Le premier a amorcé sa carrière par un rôle à La Licorne (Trick or Treat, en 1999), avant de se voir confier une première mise en scène (Tête première, en 2005). Lui, l'acteur primé par un Masque en 2003 pour son monologue sous les traits de Rookie, un des deux personnages de Howie le Rookie, de l'Irlandais Mark O'Rowe, apprécie beaucoup la couleur langagière de La Licorne.
«Ça me prend une histoire, avoue le jeune metteur en scène. Je ne fais pas de l'impro, je ne crée pas d'images. Je ne suis pas auteur, je suis zéro auteur.» Un texte, par contre, il sait «comment le livrer», dit-il.
Sans extravagance
À La Licorne, cette prédilection pour des pièces à texte a favorisé un théâtre dépouillé, sans d'extravagantes mises en scène. Philippe Lambert se rappelle néanmoins des propositions étonnantes, dont Tête première, de Mark O'Rowe aussi, une suite de monolo-gues que Dénommée avait réussi à lier à ses débuts de metteur en scène.
«Ce n'était pas évident. J'ai appris sur le tas», dit le principal intéressé, qui admet avoir compris, à ce moment-là, beaucoup sur le métier d'acteur. Sa direction d'acteurs devait favoriser le jeu sans effet.
La Licorne défend le théâtre du vrai, de la simplicité. Celui qui passe par l'attitude la plus naturelle et qui se résume à une leçon: ne pas jouer. «Il faut seulement dire le texte, rappelle Philippe Lambert, et l'histoire apparaîtra dans la tête du spectateur. Le personnage se construit dans lui, dans son imaginaire. L'acteur n'a pas à l'imposer.»
Le metteur en scène non plus n'a pas à imposer. Sa compréhension d'une pièce ne doit se traduire que par une série d'évocations. Maxime Dénommée se l'explique en pensant à une phrase de l'auteur Olivier Choinière — et un des traducteurs adoptés par La Licorne — qui considère que «le texte doit libérer la mise en scène de toute représentation».
Dénommée et Lambert sont de cette école de «laisser le spectateur, croit Maxime Dénommée, avoir le même choc que celui qu'on a eu en lisant le texte, le laisser se nourrir d'images».
Retrouvailles
Pour la saison des retrouvailles, les deux collègues auront de quoi nous remplir les entrailles. Pour janvier, Maxime Dénommée monte Orphelins, du Britannique Dennis Kelly, avec Steve Laplante, Étienne Pilon et Évelyne Rompré. La pièce, qui parle de notre époque et de nos peurs de l'étranger, est portée par un texte «cadillac, parfait, estime-t-il, [duquel] tu ne changes pas une virgule. Il faut respecter la ponctuation. C'est le rythme qui amène à l'émotion. C'est très américain comme débit. Ça prend une virtuosité pour le maîtriser, mais quand c'est maîtrisé, tout le sous-texte, tous les non-dits apparaissent.»
Philippe Lambert sera un de ceux qui occuperont la nouvelle petite scène, «une vraie boîte noire» de 80 places. Il le fera en mars, avec Midsummer (une pièce et neuf chansons), de David Greig, autre dramaturge britannique. Il s'agit d'une oeuvre sur la communication et l'ouverture à l'autre, interprétée par Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant.
«Il n'y a pas de quatrième mur. On parle au public et en même temps on joue des scènes, des situations qu'on raconte. La pièce a un côté presque conteur. Il faut retrouver cette énergie à la Fred Pellerin, cette générosité, cette liberté.»
À La Licorne, petite ou grande, la parole restera la reine des lieux.
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Collaborateur du Devoir








