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Direction artistique - Nouveau lieu, même Licorne

Le passage de l'ère Jean-Denis Leduc à l'ère Denis Bernard repose sur une même vision de La Licorne

8 octobre 2011 | Michel Bélair | Théâtre
Le directeur fondateur, Jean-Denis Leduc, et le directeur général, Denis Bernard, dans la salle de répétitions lumineuse de la nouvelle Licorne<br />
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir Le directeur fondateur, Jean-Denis Leduc, et le directeur général, Denis Bernard, dans la salle de répétitions lumineuse de la nouvelle Licorne
C'est en les regardant tous les deux installés en pleine lumière, dans la salle de répétitions de la nouvelle Licorne, qu'on comprend à quel point ils se ressemblent! Même gabarit. Même envergure. Même énergie. Jean-Denis Leduc et Denis Bernard sont sortis du même bloc. Et il n'y a, au fond, rien d'étonnant à ce que leur combat soit devenu le même...

Jean-Denis Leduc et Denis Bernard irradient tous deux en ce jour d'été attardé, mais ce n'est pas seulement le soleil mouillant la grande verrière derrière eux qui les allume... C'est plutôt le plaisir d'afficher leur complicité. Après m'avoir fait faire le tour de cette Licorne toute neuve concrétisant enfin leur rêve, les deux hommes racontent comment tout cela s'est tissé peu à peu, au fil des années.

Faire le saut

C'est un Jean-Denis Leduc dans une forme remarquable qui amorce la discussion. Il rappelle d'abord que, lorsqu'il a quitté pour sa «sabbatique» comme il dit, ses «batteries étaient à plat». Il avait consacré beaucoup de temps et d'énergie au dossier des travaux de la future Licorne, avec toute la paperasse et la chaîne ininterrompue des rencontres et des réunions en tout genre qu'on devine. Tous les retards aussi, les reports et toutes les frustrations accumulées... Le tout en continuant à marquer La Licorne de son empreinte constante, quotidienne: travail avec les auteurs, lecture de manuscrits, gestion, demande de ci et de ça, planification de saisons et de tournées... Il en a eu jusque-là: le plaisir n'y était plus vraiment. Vidé, Jean-Denis Leduc.

C'est à ce moment, alors qu'il ne restait plus à attendre que les dernières confirmations et les derniers ajustements aux plans du futur bâtiment, qu'il s'est mis à regarder travailler Denis Bernard — pour Coma unplugged, de Pierre-Michel Tremblay, dont il signait la mise en scène — et à discuter avec lui. De plus en plus fréquemment.

«On jasait de théâtre en général et en particulier, dit Leduc en esquissant un sourire. De ce que c'est que de travailler avec des auteurs. Et pourquoi, et comment, et quel genre de théâtre nous fait vibrer... Je me suis rendu compte que Denis était "la bonne personne, au bon moment". Qu'il voyait le mandat de La Licorne de la même façon que moi: qu'on travaillait dans le même sens et qu'on avait le même but. Celui de bâtir un répertoire en laissant toute la place à la parole des créateurs, en leur offrant un lieu où ils peuvent travailler puis rencontrer leur public quand ils sont prêts à le faire.»

Transmission de pouvoir

Puis, un midi comme ça, alors qu'ils mangeaient dans un resto du coin, Jean-Denis Leduc annonce à Denis Bernard qu'il veut prendre un congé sabbatique et qu'il souhaiterait que Denis le remplace pendant son absence. «Ç'a été un choc, dit Bernard. En même temps, je me sentais très flatté, mais en même temps, même après avoir mangé du théâtre depuis 30 ans, ça me faisait un peu peur. Les gens me percevaient d'abord comme un comédien, de Québec en plus [sourires], mais on commençait à voir que je pouvais aussi faire de la mise en scène, que j'y prenais de plus en plus goût, en fait. Surtout ici, dans le genre de travail qu'on fait ici... Bref, j'ai d'abord demandé un temps de réflexion à Jean-Denis et je me suis imprégné de l'idée de faire le saut.»

En se donnant le temps de faire le tour de ce qu'implique le mandat de directeur artistique à La Manufacture — qui gère La Licorne, on le sait — Denis Bernard s'est rendu compte qu'il y adhérait complètement. Qu'il pouvait assurer la continuité dans la cohérence, la fidélité. Et qu'il avait, oui, le goût de le faire et de plonger! Quand Leduc en a rajouté en lui demandant d'être prêt à continuer si jamais il ne revenait pas après sa sabbatique, il a pris une grande respiration par le nez... et il a sauté.

Nouvelle donne

Les plans de la nouvelle Licorne étaient là, sur la table, mais c'est Denis Bernard qui a dû, à cause des retards qu'on connaît, assumer le chantier et la programmation... en tournée dans des théâtres montréalais durant les travaux. Malgré tout cela, le constat est clair: il a la piqûre. Solide.

Les deux complices se voient trois fois durant cette période intense, entre autres à Édimbourg, où ils assistent au festival et tissent de nouveaux liens, plus serrés encore (voir le site www.theatrelicorne.com), avec le célèbre Traverse Theatre... Ce qui nourrit la réflexion de Jean-Denis Leduc, au point de lui donner l'envie de continuer, de rester au coeur du mandat de La Licorne. En discutant, les deux hommes trouvent la façon de l'élargir encore, en le précisant.

Voici donc la forme que prend la nouvelle donne à la nouvelle Licorne. Denis Bernard est évidemment toujours directeur mais, dorénavant, Jean-Denis Leduc, directeur fondateur, s'occupe du «développement dramaturgique». Avec un troisième homme dans le portrait: Philippe Lambert, assistant de Denis Bernard et ancien assistant de Jean-Denis Leduc. Une direction collective, collégiale. Un triumvirat. Ou peut-être faut-il dire une troïka... Bref, on élargit encore davantage le spectre des activités de La Licorne, qu'il faut voir désormais comme un centre de création, un lieu de rencontres et d'échanges.

La Licorne accueille six auteurs en résidence, c'est dire que six projets roulent déjà en même temps avec des auteurs de la maison: Leduc les a choisis, mais les trois «patrons» en assument chacun deux. C'est avec celui d'entre eux qui est le plus mûr, Chaque jour, de Fanny Britt, que Denis Bernard voulait absolument ouvrir la nouvelle Licorne — on vous en parle davantage dans notre cahier Culture.

Belle façon de passer le flambeau, non...?
 
 
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